LE VIRTUOSE

26/05/2026 - Par Emmanuelle Spadacenta
Les petits polars américains ont rarement les honneurs de la salle depuis l’avènement des plateformes. LE VIRTUOSE, efficace, séduisant, défie la tendance.

L’acteur britannique Leo Woodall impose doucement sa blondeur et ses yeux bleus dans le panorama en alliant l’assurance et la vulnérabilité, la grâce et la force. En attendant de le voir dans le blockbuster THE HUNT FOR GOLLUM d’Andy Serkis, nouvel opus d’un univers tolkienien aux héros puissants et délicats, LE VIRTUOSE, petit film « du milieu », montre assez bien l’étendue de son talent. Il y joue un accordeur de piano à l’oreille extraordinaire mais paradoxalement fragile. Une maladie l’oblige à porter des prothèses pour le protéger des agressions sonores. Et dans l’enfer de New York, ce n’est pas du luxe. Quand son mentor tombe malade et que les dettes médicales s’accumulent, Niki succombe à une proposition qu’il peut difficilement refuser : mettre son don au service de crocheteurs de coffres-forts. Bien payé pour voler des lingots, des liasses et des bijoux, il s’arrange avec sa conscience, d’autant qu’il rencontre une élève pianiste du conservatoire à qui il veut plaire. Pas franchement liant avec ses clients, Niki n’est pas super aimable. Bouffi de frustrations – il était un excellent pianiste avant son handicap –, solitaire et taiseux, un poil arrogant également, Niki est de ceux dont on finit par aimer la rigueur et la rigidité et admirer la cohérence. Derrière cette histoire de « Robin des bois » moderne (sic !), le réalisateur Daniel Roher, oscarisé pour le film sur l’opposant au Kremlin NAVALNY et aux manettes d’un doc sur les dangers et les promesses de l’IA. Habitué aux enjeux de vie ou de mort, ce documentariste fait un décrochage vers le pur divertissement, tout en creusant un thème qui lui semble cher : le choix de mettre son pouvoir, ses extraordinaires capacités, au service du bien ou au service du mal. Le postulat du film lui permet de travailler avec beaucoup de complexité le sound design afin d’adopter le point de vue de son héros, vrai point fort de ce « heist movie » dont l’originalité concerne moins la trame dramatique, convenue, que les personnages. Dans l’allure de Niki, quelque chose trahit une vraie éducation, un milieu différent que celui, ouvrier, dans lequel il travaille aujourd’hui. Le film nous bringuebale des bas-fonds sales de New York aux salles spectaculaires de concert de musique classique et en profite pour tacler gentiment le statut des ultrariches et le système de santé américain – Daniel Roher est canadien, ça aide. Tout est chouette dans LE VIRTUOSE, de son apparente légèreté (le ton est facétieux) à sa facture solide. Et surtout sa sortie en salles, là où les longs-métrages de son acabit se voient malheureusement de plus en plus sur petit écran.

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Sortie : 27.05.26
De : Daniel Roher
Avec : Leo Woodall, Dustin Hoffman, Havana Rose Liu, Lior Raz
Pays : États-Unis
Durée : 1h49
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