JUSTE UNE ILLUSION
1985. Vincent, 13 ans, aimerait bien avoir enfin sa chambre. Son frère, en pleine période batcave, ne cesse de lui arracher les posters d’Imagination qu’il a accrochés sur son bout de mur pour revendiquer son amour du funk. Son père vient d’être licencié mais feint d’aller bosser tous les matins, tout en notant scrupuleusement les montants de la valise RTL – on ne sait jamais. Sa mère, secrétaire, veut se former à l’informatique pour espérer grimper les échelons et obtenir un boulot qui la stimule. On est chez les Dayan, une famille de la classe moyenne et de la banlieue parisienne. Les parents viennent d’Afrique du nord et les enfants sont élevés dans la religion juive. Vincent prépare sa Bar Mitzvah mais c’est lui demander beaucoup de concentration entre les conneries avec les copains (comme louer des K7 de LA RUÉE VERS LAURE par exemple) et les exposés partagés avec la belle Anne-Carine. JUSTE UNE ILLUSION, savamment écrit à partir des souvenirs d’Éric Toledano et Olivier Nakache – deux copains qui ont vécu à peu près la même enfance –, opère un retour en arrière réjouissant, grâce notamment à une reconstitution de compète de l’époque, esthétique mais aussi sociologique : la montée spectaculaire du chômage, l’arrivée des ordinateurs dans le quotidien, les ambitions professionnelles croissantes des femmes… Autour, on grossit parfois le trait – Louis Garrel, hilarant, joue sa partition de comédie italienne à la perfection – mais jamais au détriment de la délicatesse ou de la tendresse. La réussite du film se situe dans sa sincère nostalgie. Jamais passéiste, refusant le « c’était mieux avant », JUSTE UNE ILLUSION vient raconter certes une époque où le socialisme a déçu, mais où l’on croyait au moins encore au vivre-ensemble. Avec ses adolescents affublés du fameux badge « Touche pas à mon pote », réunis à la Concorde pour écouter des leaders appeler à résister à toute forme de discrimination et de xénophobie, le film nous renvoie forcément au visage la médiocrité d’aujourd’hui, les fractures sociales, l’antisémitisme et le racisme qui veulent diviser les Français. Il y a, dans ce qui est peut-être le meilleur cru de Toledano & Nakache à ce jour, une joie de vivre permanente, un ping pong de répliques géniales jouées avec un timing comique dément, un amusement de tous les instants et le plaisir évident des deux metteurs en scène à orchestrer cette espèce de grande fête de famille où tous les spectateurs seraient invités à célébrer les défauts et les fulgurances des Dayan. Son arrivée avancée de plusieurs mois (il devait sortir en octobre) souligne d’autant plus l’urgence de repenser, intimement et politiquement, notre présent qui porte absolument le film.
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De : Éric Toledano et Olivier Nakache
Avec : Simon Boublil, Camille Cottin, Louis Garrel, Pierre Lottin
Pays : France
Durée : 1h54
