Cannes 2026 : LA BATAILLE DE GAULLE : L’ÂGE DE FER
Qu’on ne veuille pas empeser un film, déjà plutôt lourd sur le papier, autour du monumental Général de Gaulle, par un ton trop solennel ou l’étouffer sous la poussière habituelle du cinéma en costumes, soit. L’ambition très louable d’Antonin Baudry est de s’adresser à un public large, y compris adolescent, il faut donc dynamiser ce biopic / film de guerre. Opter en revanche pour un ton burlesque, un humour pas si éloigné d’un album de Tintin, voilà un choix qui nous laisse perplexe. Du Général Leclerc (Niels Schneider, pas son meilleur rôle) affublé d’un bandage autour de la tête pour figurer ses blessures de guerre au personnage de plombier joué par Karim Leklou (pas son meilleur rôle non plus), sorte de caricature de Jacques Villeret dont on n’a toujours pas compris la fonction, en passant par Charles de Gaulle lui-même déclamant toutes ses répliques comme à la tribune de l’ONU (oui, on sait), cette volonté de rire en se tenant le bide est un peu ringarde. C’est peut-être pour cette raison que la partie du récit consacrée aux jeunes Parisiens rentrés en Résistance grâce aux prises de paroles depuis Londres du Général nous émeut davantage. Ce que De Gaulle inspire de courage à ses compatriotes est parfaitement rendu dans ce film qui préfère à une biographie ingrate le portrait d’un homme d’action circonscrit aux troubles du pays et a pour lui la force de la tragique Histoire française. On ne se lasse pas de la voir représentée à l’écran, d’autant plus que L’ÂGE DE FER n’a jamais peur de faire du romanesque avec du détail, notamment lorsqu’il s’intéresse à la disgrâce du Général et à son rapport conflictuel avec le gouvernement de Churchill. Écrasé toutefois par la densité des faits historiques, des retournements de situations et des anecdotes, il digresse parfois maladroitement : la reconstitution scrupuleuse de la Bataille de Bir Hakeim constitue ainsi un film dans le film, trop long, presque superflu, sur la valeur du Colonel Koenig (Benoît Magimel, impeccable). Enchaînement ininterrompu de scènes cruciales porté par une musique emphatique en continu, L’ÂGE DE FER semble habité par le rouleau compresseur dramatique qu’est le OPPENHEIMER de Nolan sans en avoir la maîtrise narrative ni l’audace formelle. Pour autant, il est le haut du panier du blockbuster français. Pour preuve, on réclame très vite la suite.
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De : Antonin Baudry
Avec : Simon Abkarian, Simon Russell Beale, Florian Lesieur, Benoît Magimel
Pays : France
Durée : 2h40

