BAIT
BAFTA du Meilleur premier film en 2019 – en Angleterre, le film est resté huit mois en salles –, BAIT se déroule aujourd’hui mais a le look d’un vieux film socioréaliste britannique grignoté par le cinéma expérimental. Tourné en pellicule 16mm avec une Bolex H16 SB de 1975, en Noir et Blanc, postsynchronisé, il contient des audaces de montage qui brouillent la temporalité – manier le temps, c’est la marque de fabrique de Mark Jenkin – et créent des heurts visuels et sonores afin de stimuler l’intellect et les sensations d’un spectateur trop habitué à une narration normée. Le film suit deux frères fâchés, deux pêcheurs, dont l’un n’a plus de bateau et doit exercer son activité depuis la plage. Il cohabite à contrecœur avec les vacanciers qui ont gentrifié son village côtier de Cornouailles. Une relation qui s’envenime d’autant plus lorsque l’apprenti du pêcheur devient la cible des violences du frère de sa petite amie. « C’est vrai, il y a du soap dans BAIT ; ça ne m’embête pas qu’on le dise puisque la forme n’a rien à voir », nous disait le réalisateur il y a deux ans, ravi qu’un critique du Guardian ait vu dans son film une sorte d’épisode « de EASTENDERS réalisé par F.W. Murnau ». Bien qu’il manie les images, la lumière et le son comme s’il retournait à la source du cinéma, BAIT n’est pas qu’un exercice de style ; il raconte une lutte de classes de la façon la plus brute qui soit.
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De : Mark Jenkin
Avec : Edward Rowe, Simon Shepherd, Mary Woodvine, Giles King
Pays : Grande-Bretagne
Durée : 1h29

