SACCHARINE

02/06/2026 - Par Aurélien Allin
En dépit d’un troisième acte qui peine à se conclure, SACCHARINE confirme après RELIC et APARTMENT 7A que Natalie Erika James est une voix essentielle du cinéma d’horreur actuel.

Natalie Erika James débute SACCHARINE de façon comparable à son premier long-métrage RELIC : avec un son qui contamine instantanément l’imagination du spectateur. Un bruit sourd comme une respiration difficile dans RELIC, des halètements d’une femme qui mange avec avidité dans SACCHARINE. Hana, étudiante en médecine, est en surpoids. Elle tient un carnet de régime, passe du temps à la salle de sport, où elle lorgne sur le corps sculpté d’Alanya – Hana est lesbienne. Mais elle mange trop, maladivement. Et Natalie Erika James, dès le générique, d’inverser le sens des images, qu’elle accélère et ralentit, donnant l’impression que la nourriture entre autant qu’elle sort de la bouche de Hana, expression visuelle frappante des désordres alimentaires. Une de ses amies a, elle, réussi à maigrir, grâce à une nouvelle pilule dont Hana découvre qu’elle est composée de cendres humaines. En cours, alors qu’elle est en train de disséquer une femme obèse, elle vole un os pour se confectionner ses pilules… La grande intelligence de SACCHARINE est d’insuffler dans le quotidien de sa protagoniste une pure idée de cinéma d’horreur (le fantôme de la morte va se fixer sur l’étudiante) pour mettre en lumière le cauchemar obsessionnel qui hantait déjà son existence depuis des années. Qu’elle bouscule sa mise en scène au départ très géométrique, qu’elle aligne les plongées pour écraser Hana ou qu’elle recouvre ses mésaventures d’une musique aux voix comme des souffles incantatoires, Natalie Erika James se tient là, derrière nous, et nous pousse doucement mais sûrement dans les pompes de son héroïne. À mesure que le récit avance, imprévisible, et que Hana perd du poids, la cinéaste multiplie les scènes de plus en plus graphiques et évocatrices. Pourtant, pas d’hémoglobine ici. Juste des fluides et des corps qui se détériorent, en lutte avec eux-mêmes, et SACCHARINE de lier avec pertinence (voire réalisme) et une efficacité particulièrement dérangeante, le psychologique et le corporel – les passerelles avec RELIC et APARTMENT 7A sont à ce titre légion. Parce qu’elle évolue dans le genre, Natalie Erika James s’octroie toutes les outrances, y compris celles d’une imagerie pop. Jamais pour choquer bêtement, ni pour trivialiser son traitement, mais pour transmettre avec toujours plus de précision au spectateur l’expérience de Hana et, plus généralement, de tant de femmes pour qui « un repas n’est jamais juste un repas ». Une oppression qui prend ici la forme d’un film physiquement éprouvant, parfois jusqu’à la nausée, et qui nous fait ainsi accéder à une expérience humaine tant extrême que douloureuse. Très fort.

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Sortie : 03.06.26
De : Natalie Erika James
Avec : Midori Francis, Danielle Macdonald, Madeleine Madden, Robert Taylor
Pays : Australie
Durée : 1h52
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