FATHER
Quitte à se tirer une balle dans le pied, on ne saurait trop conseiller de ne rien lire sur FATHER avant de le voir. C’est ce qu’on a eu la « chance » de vivre et croyez-nous, nous qui avons visionné le film plusieurs fois, l’expérience est réellement différente que l’on connaisse l’intrigue ou qu’on l’ignore. On propose donc que vous refermiez cette page si vous comptez voir le film de Tereza Nvotová – ce qu’on vous incite à faire. Pour ceux qui n’ont peur de rien ou qui l’auraient déjà vu dans les nombreux festivals auxquels il est invité, parlons de ce tabou ultime qu’est le « syndrome du bébé oublié ». Ce matin, alors que la journée s’annonce si ensoleillée qu’on frôlera la canicule, Michal part au travail et en chemin, il dépose la toute petite Dominika à la maternelle. Au boulot, c’est bien rempli ; rien de radicalement chronophage mais Michal a des responsabilités. Puis soudain, sur le parking en bas de sa fenêtre, les gens s’agitent, poussent des cris d’effroi, regroupés autour de sa voiture. Dominika est morte sur le siège arrière, étouffée par la chaleur. La difficulté du film réside à ce que l’attente jusqu’au drame (qui intervient au bout d’une demi-heure de film) ne soit pas du pur chantage émotionnel. Si c’est proprement intenable pour un spectateur conscient de ce qui approche, c’est angoissant pour les autres. En temps réel, pourquoi ce long plan séquence accompagne-t-il Michal dans cette routine ? Qu’est-ce qui mérite d’être filmé dans ces banalités ? Quelle tempête succèdera à cet étrange calme ? N’étions-nous pas sur le siège passager quand Michal a déposé sa fille à l’école ? On l’a pourtant vu faire. D’ailleurs, il se souvient l’avoir fait. C’est comme ça que fonctionne le « syndrome du bébé oublié ». Avec ce pitch inspiré par la tragique expérience du meilleur ami de son coscénariste, Tereza Nvotová ose : ça peut arriver à tout le monde. Ça arrive même régulièrement quand vous vous étiez juré avoir fermé la porte en partant ou éteint le gaz. Rien n’est aussi grave que provoquer la mort de son enfant. Mais promis, ce n’est pas un acte de ravagé ou de meurtrier. Michal, c’est monsieur tout le monde. Celui que toute une société va juger. Celui qui perdra sa femme, passera devant la justice, tentera de retrouver une vie normale. Celui qui est condamné à vivre avec ça. Avec neuf plans séquences magistraux, Nvotová va suivre son personnage, dans cet espace liminal entre la vie et la mort, entre la culpabilité et le besoin du pardon, dans ce chemin vers la rédemption qu’il emprunte sans cesse retenu par un acte que seuls les psychiatres et les neurologues peuvent comprendre. Et peut-être désormais la société.
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De : Tereza Nvotová
Avec : Milan Ondrik, Dominika Moravkova, Peter Bebjak, Ingrid Timkova
Pays : Slovaquie
Durée : 1h42

