Cannes 2026 : VIVA
Lorsque le cinéma s’empare du cancer, c’est parfois pour raconter l’annonce de la maladie – on se souvient du très beau NINO de Pauline Loques l’an passé – ou, plus souvent, pour chroniquer la dégradation du corps et de l’esprit quand elle s’étend sans répit. Mais peu de films parlent de l’après. De ceux qui ont battu le crabe et pour qui la vie reprend, parfois marqués dans leur chair par son passage. C’est le cas de Nora, 40 ans, brillante scientifique, qui a réchappé d’un cancer du sein, mais qui en a perdu un dans la bataille. Une survivante. Et justement, c’est exactement de cela dont parle VIVA, le premier film d’Aina Clotet : survivre. Plus fort, plus intensément, plus immédiatement. Alors que la température monte dans cet hiver ibérique, Nora s’éloigne de son charmant compagnon, Tom, qui l’a accompagnée dans son combat, pour se laisser séduire par le jeune et impétueux Max. Éros et Thanatos, on connaît bien le duo. Alors que la mort est venue sonner à sa porte sans qu’elle ne lui ouvre, Nora a désormais le corps qui brûle de désir. Un ardent besoin de tout éprouver, de tout ressentir, une urgence vitale qui est venue se rappeler à elle. VIVA raconte l’impossible retour au « comme avant », puisque plus rien ne l’est. Et surtout pas son corps, mutilé. Le film déploie son récit à travers un personnage merveilleux d’intelligence, épaulé par une galerie de délicieux rôles secondaires, le tout porté par un sens de la comédie permanent qui agit comme un trompe-la-mort, alors même que l’épée de Damoclès du cancer n’est jamais très loin. Par une mise en scène constamment enjouée, souvent inventive et particulièrement sensuelle – cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu le sexe hétéro filmé avec tant d’ardeur –, le long-métrage espagnol résonne avec le récent AMOUR APOCALYPSE de la Québécoise Anne Émond. Les deux films, signés par des réalisatrices, font rentrer le monde (le réchauffement climatique ou la science comme rempart à l’inévitable) dans le vivant et dans la fantaisie, proposant ainsi une réponse vivace à nos angoisses, sans jamais en dissiper la gravité. Bonbon fantasque et poignant, ce premier long d’Aina Clotet, qui en est aussi l’actrice principale, démontre une fois de plus toute la vitalité actuelle du cinéma espagnol.
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De : Aina Clotet
Avec : Aina Clotet, Naby Dakhli, Marc Soler, Lloll Bertrand
Pays : Espagne
Durée : 1h52

