Cannes 2026 : MOULIN

18/05/2026 - Par Aurélien Allin
À son plus impressionnant quand il embrasse plastiquement la terreur que vit son protagoniste, MOULIN se dilue dans un récit académique.

Si Jean Moulin a par le passé été l’objet de divers téléfilms, dont le diptyque d’Yves Boisset en 2002, le cinéma français ne s’était étrangement jamais penché sur le héros de la Résistance – tout juste était-il un personnage « secondaire » dans LUCIE AUBRAC de Claude Berri. Il le fait aujourd’hui, mais sous l’impulsion d’un cinéaste hongrois, László Nemes, qui retrouve ainsi le décor historique de son premier long LE FILS DE SAUL. Le parti-pris reste toutefois ici moins extrême dans sa forme. MOULIN se déploie dans une image pellicule en 2.35 qui, lorsqu’elle est projetée en 35mm comme ça a été le cas au Festival de Cannes, revêt immédiatement une aura presque surannée. D’autant que Nemes, fait rare aujourd’hui, ne corrige pas les taches, points blancs et autres stigmates physiques du format. MOULIN, dès lors, semble presque sortir d’un coffre où il reposait depuis des décennies. Tons automnaux, lumière qui ne craint pas les ombres, cadrages amples, reconstitution convaincante… : le film a de la gueule et emporte avant tout par ces choix plastiques. Se concentrant sur les derniers mois de la vie du Résistant, et plus particulièrement sur son arrestation et les tortures qu’il a subies de Klaus Barbie et ses agents de la Gestapo, MOULIN se fait le plus impressionnant lorsqu’il embrasse pleinement ce cœur dramaturgique tragique, ce cauchemar que vit Jean Moulin, lui qui assure : « s’ils me torturent, je ne tiendrai pas ». Le spectateur sait qu’il n’en est rien, que le Résistant n’a jamais craqué. Voir cet homme, campé avec noblesse, dignité et élégance par Gilles Lellouche, souffrir dans sa chair et son âme, douter de lui-même à chaque instant alors que l’Histoire l’a panthéonisé, est une expérience émotionnelle forcément éprouvante dont les résonances avec le présent ne peuvent être que douloureuses. Ainsi, dans les geôles lyonnaises, le travail minutieux sur le son, les silences écrasants, les échos de paroles indiscernables, les cris lointains, les bruits métalliques de portes, font de MOULIN un cauchemar éveillé où le spectateur plonge son regard dans celui du personnage, sa peur vibrant à l’écran comme une onde fantôme et rémanente venue directement du passé. Une puissance d’effroi digne d’un film d’horreur qui, malheureusement, ne traverse pas tout le film. Alors que MOULIN prend le parti d’oublier toute exhaustivité, il se perd tout de même étrangement dans une mise en place trop longue et laborieuse, une multitude de scènes inutilement étirées et des interrogatoires redondants. Un récit qui, au contraire de la forme, frise donc l’académisme et qui, loin d’user de ces répétitions pour asséner la tension et la torture psychologique, ne fait que diluer la terreur et son impact.

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Sortie : 28.10.26
De : László Nemes
Avec : Gilles Lellouche, Lars Eidinger, Louise Bourgoin, Félix Lefebvre
Pays : France
Durée : 2h10
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