Cannes 2026 : LA PERRA (LA CHIENNE)
BOMBON EL PERRO, WHITE GOD ou BLACK DOG ont tous prouvé, par le passé, le pouvoir cinématographique du chien et de sa relation à l’humain. On ne s’étonne donc jamais de voir le sujet revenir régulièrement sur les écrans, avec des formes, des tonalités et des ambitions différentes. LA PERRA de la réalisatrice chilienne Dominga Sotomayor débute ainsi sur l’adoption par Silvia, cultivatrice d’algues sur une petite île verdoyante battue par les vents, d’une petite chienne errante, retrouvée sans sa mère. Entre elles, c’est le coup de foudre : sous la belle lumière enveloppante des bords de mer, dans des décors splendides captés avec amour, avec force gros plans sur les visages de ses deux héroïnes, la cinéaste montre Silvia offrir tout son amour à la petite Yuri, jusqu’à dormir sur le canapé, la chienne lovée dans ses bras, parce que son compagnon refuse que l’animal reste dans la chambre. Mais quelques mois plus tard, les feux d’artifice du Nouvel An effraient Yuri, qui s’enfuit. Cette perte soudaine et les recherches infructueuses qui suivent rouvrent une vieille blessure chez Silvia, un souvenir d’enfance qu’elle n’a jamais pu effacer. Si les chiens prennent autant de place dans nos vies, c’est notamment parce qu’ils sont autant des réceptacles de nos émotions que des pansements à nos blessures. Dominga Sotomayor le sait bien et se sert ainsi de Yuri quasiment comme d’un révélateur de Silvia et de son intériorité. L’idée, sur le papier, est belle. Elle l’est même souvent sur l’écran : l’alchimie entre l’excellente Manuela Oyarzún et Yuri est palpable, permettant à Sotomayor, par petites touches et quelques plans, à retranscrire à merveille l’intangibilité de l’amour qui unit un chien à son humain. Mais peu à peu, le mécanisme se fait plus âpre alors que Silvia et Yuri se retrouvent et se perdent régulièrement, la femme de plus en plus rétive à la chienne. Des séquences enchantent – Yuri, libre, qui batifole dans la nature – ou bouleversent – les premières retrouvailles – mais LA PERRA installe aussi une distance inconfortable entre le spectateur et son histoire qui, narrativement, a du sens tant elle exprime ce que Silvia traverse. Mais elle réifie également la limite du film : à force de faire de Yuri le moteur métaphorique donnant accès au cœur de Silvia, d’en faire la manifestation de sa culpabilité, elle en devient la victime. Littéralement, dans le film, Silvia de plus en plus froide avec l’animal, mais plus largement, du film, comme si Yuri n’était finalement qu’un prétexte. Difficile, dans ces conditions, d’être totalement emporté par l’émotion.
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De : Dominga Sotomayor
Avec : Manuela Oyarzún, David Gaete, Selton Mello, Rafaella Grimberg
Pays : Chili
Durée : 1h52

