Cannes 2026 : HER PRIVATE HELL
Il y a un petit bout du projet avorté de remake de BARBARELLA dans HER PRIVATE HELL. La scène est succincte : Elle (Sophie Thatcher) et ses « sœurs » jouent les action girls 60’s dans un décor de science-fiction psychédélique. L’effet, lui, est chic. Le film aurait gagné à conserver cette légèreté. Mais le nouveau cru NWR est très sérieux, trop sérieux, aussi solennel qu’une publicité pour de la haute couture où les mannequins font la gueule, alanguies sur des sofas. Le réalisateur danois n’a clairement pas perdu son sens esthétique. C’est parfois beau à se damner, inspiré du Giallo et des décors de BLADE RUNNER. Agrégat d’influences visuelles et bricolé selon des codes du conte de fées, HER PRIVATE HELL n’a pas grand-sens. Elle et sa nouvelle belle-mère se déchirent l’amour du père qui soudain disparaît ; Elle part à sa recherche pendant que le serial killer Leather Man fait trembler la ville et que le Soldat Kay (Charles Melton) tente, lui, de retrouver sa fille. Le ton est éthéré, les dialogues évasifs mais la sous-intrigue du Soldat Kay réserve les plus beaux moments du film. Avant d’être une collaboration japonaise, le tournage de HER PRIVATE HELL devait se délocaliser en Corée. Malgré ce changement de production, le film est toujours hanté par le cinéma coréen. Ainsi le polar de Kim Jee-woon, A BITTERSWEET LIFE, est partout, et Charles Melton, dont la mère est coréenne, semble avoir été engagé par Nicolas Winding Refn pour réincarner l’élégance, la force et le charisme de Lee Byung-hun. Les corps-à-corps – et la manière dont ils sont filmés – offrent alors à HER PRIVATE HELL sa grâce et ses moments de bravoure. Ici, le film assume d’être viril ; mais lorsqu’il s’intéresse aux personnages féminins, il n’échappe pas à une imagerie machiste et à un ton patriarcal qu’on tolère plus difficilement aujourd’hui.
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De : Nicolas Winding Refn
Avec : Sophie Thatcher, Charles Melton, Havana Rose Liu, Kristine Frøseth
Pays : Danemark / États-Unis
Durée : 1h49

