Cannes 2026 : DUA
Dua (Pinea Matoshi) est une adolescente comme les autres mais elle est également Kosovare, vivant à Pristina à la fin des années 1990, époque de l’un des massacres les plus importants à l’égard de la population du Kosovo. Cette brutalité, la réalisatrice décide de ne pas en faire le sujet principal du film quitte à nous laisser parfois dans l’incompréhension de ce que nous voyons. Nous sommes, comme Dua, heurtés par les irruptions de violence qui ponctuent sa vie. La scène d’ouverture annonce la couleur : dans une fête adolescente, hard rock à plein tube, la police serbe débarque. En quelques images, la réalisatrice dit tout : l’irruption de la violence dans le quotidien, les corps libres et les corps contraints sans oublier l’importance de la musique qui va rythmer les évolutions du personnage principal durant tout le film. DUA raconte le passage qui pourrait être banal de l’état de petite fille à l’état de jeune fille mais le contexte de la guerre le rend remarquable. Plus que sur les mots qui se vident de sens, Blerta Basholli attire notre attention sur la possibilité multiple des corps comme outil de résistance ou d’assujettissement, de colère et d’exultation notamment grâce à la musique géniale de Jericho « Don’t Fuck With The Albanians ». Lorsque le conflit s’intensifie et que la famille de Dua doit se terrer chez elle, Basholli nous propose une scène d’une grande beauté : la jeune fille et sa sœur chantent une chanson d’Adelina Ismaili, « Shko » aux paroles évocatrices : « Pars, pars, ne pense plus à moi les larmes aux yeux. N’oublie jamais que je n’ai aimé que toi. » Ce film devient alors hymne d’un amour mélancolique à la terre natale et promesse de ne jamais l’oublier.
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De : Blerta Basholli
Avec : Luána Bajrami, Arben Bajraktaraj
Pays : Kosovo / France
Durée : 1h40

