Cannes 2026 : IN WAVES
Le roman graphique « In Waves » d’AJ Dungo partage avec le roman « Les Enfants endormis » d’Anthony Passeron un même dispositif narratif : l’entrelacement du tragique intime et du savoir documentaire. Là où Passeron juxtapose le déclin d’un oncle à la recherche sur le sida, AJ Dungo alterne le récit d’un premier amour condamné avec un précipité historique du surf. Idée géniale, qui permet, à la lecture, de souffler entre les larmes, de mêler l’indicible et le cartésien, de démontrer par un même espace, le livre, que les deux coexistent avec la même importance. Avec une grande fidélité, mais aussi de véritables choix narratifs, on retrouve quelque peu cette intuition dans l’adaptation imaginée par Phuong Mai Nguyen, et coécrite par Fanny Burdino et Samuel Doux. Se détournant du sépia et de la bichromie bleutée du matériau originel, la réalisatrice opte pour un éloge de la couleur. Le ciel californien s’y déploie en tons roses et azur, convoquant une vérité géographique autant qu’une palette empruntée à David Hockney. Un espace chatoyant, au croisement de la mer, du soleil et du béton où se déploie le mélodrame. Dans le film, on suit AJ, jeune homme un peu gauche qui tombe (littéralement) amoureux de Kristen à la minute où il la rencontre à la soirée du lycée. Il la fait rire, elle lui fait découvrir le surf, ensemble ils apprennent l’amour. On les accompagne sur 10 ans au rythme du cancer qui s’étend dans le corps de Kristen. L’analogie est claire : IN WAVES raconte comment le chagrin n’est pas un puits sans fond, mais une série de vagues qui vous submergent et sur lesquelles il faut apprendre à glisser. Mais là où le roman graphique ménageait des pauses, le film lui, et c’est son parti-pris le plus prégnant, impose une urgence. Un appel à vivre vite, fort, intensément, une ode à l’énergie de la jeunesse, plurielle et désireuse de n’en laisser aucune miette. Si l’on peut regretter une animation parfois plus illustrative qu’évocative, on ne peut qu’admirer la fluidité de ce mélange réussi de 2D et de 3D qui confère à l’ensemble, et notamment aux scènes de surf, une sensation de vitalité aussi étonnante que bienvenue.
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De : Phuong Mai Nguyen
Avec : les voix de Lyna Khoudri, Rio Vega, Paul Kircher, Birane Ba
Pays : France
Durée : 1h31

