LE MYSTÈRE LUCY LOST
S’il y a assez peu d’intérêt à passer son temps à regarder en arrière pour se persuader que « c’était mieux avant », on peut néanmoins constater que l’humour omniprésent dans les productions animées contemporaines destinées aux enfants tend à tenir l’émotion un peu trop à distance. Comme s’il était devenu difficile, voire impossible, d’envisager de confronter sérieusement les plus jeunes âmes aux sentiments les plus complexes. Et d’entériner au passage la fin du mélodrame, genre qui a pourtant fait les grandes heures de Disney, de Don Bluth et du studio Ghibli. À contre-courant, LE MYSTÈRE DE LUCY LOST n’hésite pas, lui, à plonger les deux pieds dedans. Adaptation d’un roman de Michael Morpurgo, à qui l’on doit déjà le superbe récit à l’origine de CHEVAL DE GUERRE de Spielberg, ce premier long-métrage d’Olivier Clert suit Lucy, une fillette d’une dizaine d’années vivant sur l’une des îles de l’archipel des Scilly, au large de l’Angleterre, au cœur des années 1910. Entre sa chevelure blanche et ses visions, l’enfant suscite la méfiance des insulaires, tout en tentant de se faire une place dans un monde qui la rejette. Et ce n’est pas l’apparition soudaine de la petite Milly, qu’elle est la seule à pouvoir apercevoir, qui va arranger sa situation. Récit de guerre et de deuil, fable poignante sur l’ostracisme et le traumatisme, LE MYSTÈRE DE LUCY LOST explore à hauteur d’enfant des problématiques tortueuses qu’il parvient à rendre limpides grâce à un réalisme magique poétique et une habile narration à tiroirs qui ne cesse de surprendre. Tout en entrant constamment en résonance avec notre présent. Mais là où Olivier Clert tire véritablement son épingle du jeu, c’est justement qu’il n’en oublie jamais d’émouvoir. Porté par une animation 2D, une lumineuse variation à la croisée de RÉMI SANS FAMILLE et du TOMBEAU DES LUCIOLES, et par la composition musicale à la fois délicate et empathique d’Anne-Sophie Versnaeyen, le cinéaste ouvre en grand les portes de l’imaginaire des petits comme des grands, ravivant l’émerveillement de voir des traits crayonnés prendre vie. Un conseil, toutefois : mieux vaut venir équipé de mouchoirs, les larmes étant comprises dans le billet d’entrée.
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De : Olivier Clert
Avec : les voix de Charlie Rosenzweig, Zach Valentin-Dattas, Jessica Monceau
Pays : France
Durée : 1h29
