Cannes 2026 : IRISH TRAVELLERS
Un. Puis deux. Puis trois. Puis dix. C’est le nombre d’enfants que l’on voit sortir d’une caravane dans la séquence d’ouverture d’IRISH TRAVELLERS, laquelle semble s’être transformée en voiture de clowns. Ça rentre, ça sort. Un coup une tartine, puis une chaussette qui manque. De la vie. Il n’y a que cela dans le documentaire d’Alexander Murphy. Pendant cinq ans, de 2020 à 2025, il a suivi les O’Reilly, une famille de travellers irlandais vivant dans leur « château d’aluminium » (« Tin Castle », comme l’indique le titre original) : deux caravanes qui n’ont plus tellement leur fraîcheur d’antan, disposées sur le bas-côté d’une route passante. Pa, Lisa et leurs dix enfants, âgés de quatre à seize ans, sont un peu les derniers garants d’une culture ancestrale de voyageurs qui tend à disparaître. Pas d’eau courante, un générateur capricieux pour l’électricité et le chauffage, un petit chez-soi mais un immense amour les uns pour les autres, ainsi que pour les grands espaces extérieurs où ils peuvent s’occuper de leurs chiens et de leurs chevaux. Il n’est pas rare de voir Pa se rendre en ville sur sa calèche tirée par un cheval, à fond sur le bitume au milieu des voitures. Une image saugrenue qui semble résumer cette communauté en décalage avec le monde moderne – à moins que ce ne soit l’inverse. Pourtant, ce monde passe son temps à se rappeler à eux, qu’il s’agisse de tenter de les installer dans une maison ou lorsque Pa doit gérer des convocations au tribunal. Loin des clichés, tant sur les Irlandais que sur les travellers, Alexander Murphy raconte un univers fait de tendresse, du silence des adultes incapables de communiquer leur peine, et des cris de joie d’enfants qui n’imaginent pas une autre réalité que celle-ci. Ils sont bien trop heureux dans ce monde qui est le leur, mais aussi bien incapables de se projeter véritablement dans cette société qui les rejette, accentuant ainsi leur repli sur eux-mêmes. Si l’on ne sait pas toujours où nous mène ce documentaire, on aime s’y balader, notamment dans ses élans élégiaques renforcés par l’utilisation intensive du « Trio avec piano n° 2 » de Schubert, qui nous renvoie sans cesse à BARRY LYNDON – là encore, une histoire d’inadaptation. Filmant cette famille à la façon d’un Terrence Malick des grands jours (parfois un peu trop, d’ailleurs), IRISH TRAVELLERS est le baroud d’honneur et la célébration d’un monde qui s’étiole, trop libre pour nos sociétés standardisées, et qui résiste par le simple fait d’exister. Malgré et contre tout, mais surtout pour lui-même.
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De : Alexander Murphy
Pays : Irlande / France
Durée : 1h46

