Cannes 2026 : GARANCE
Sur le papier, le cinéma de Jeanne Herry a souvent des airs de « Dossier de l’écran » : ELLE L’ADORE et le vertige des relations parasociales, PUPILLE et le parcours d’une naissance sous X, JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES sur les mécanismes de la justice restaurative. Et aujourd’hui GARANCE et son portrait de l’alcoolisme. Des films à sujet pour illustrer des thématiques lourdes, portés par le meilleur du cinéma français. Une certaine vision du cinéma, un peu à l’ancienne, des films de scénarios qui tiennent à la fois par leur didactisme et leur capacité à raconter une histoire. Et c’est peut-être là que GARANCE surprend le plus. Car en s’attaquant à l’alcoolisme, Jeanne Herry avait un chemin tout tracé de cinéma, des hauts, des bas, la déchéance, l’isolement… Un petit traité de glauque dont certains raffolent.
Sauf qu’elle prend le parti de traiter cette maladie, non pas par ses aspects les plus spectaculaires et repoussoir mais par la façon dont la société l’a intégrée de manière « cool », presque comme une blague. « Je suis une alcoolique, moi » dit plusieurs fois Garance dans un sourire, pour justifier d’une boutade le verre qu’elle vient de se resservir dans une soirée. Portrait de cet alcoolisme qu’on dit « mondain », cette façon de faire de l’alcool un « hobby », une condition pour être avec les autres, GARANCE attrape le spectateur par l’hyper quotidienneté de son angle et la manière dont son héroïne n’en est au fond pas une. Actrice qui galère, Garance est un peu n’importe qui, cette copine qui fait la fête et dont tout le monde aime les frasques alcoolisées tant que tout ça reste « en l’air ». Étrangement, le film prend donc son temps, fait d’abord un portrait rigolo de son personnage, ses amours chaotiques, son ras-le-bol, la découverte de son identité… Mais dans chaque scène, un verre. Enfin, tandis que le film associe ce « verre de trop » à quelque chose de plus profond, sans jamais véritablement le nommer, le regard se déplace, s’inquiète. Garance tient debout. Mais à quel prix ?
Surprenant et au fond très politique dans sa façon de refuser le mélo, d’être une pure chronique, GARANCE tangue et trébuche quand il faut faire avancer le personnage. Le déclic attendu par le spectateur est joué avec si peu d’effet cathartique, si peu de romanesque qu’on a l’impression que tout est en surface. D’autant plus quand au loin, le récit prend en charge le pathos peu nécessaire d’une sœur malade. Heureusement, Adèle Exarchopoulos est si passionnante à regarder, si juste dans ce numéro d’équilibriste, que tout prend vie par et grâce à elle. La modernité de son jeu, sa façon de fabriquer du réel même dans les moments les plus fragiles, tient du génie d’actrice. Si GARANCE peine parfois à trouver le bon dosage pour dire ce qu’il a à dire, Adèle, elle, l’incarne fort.
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De : Jeanne Herry
Avec : Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Sarajeanne Drillaud, Anne Suarez
Pays : France
Durée : 1h45

