PLUS FORT QUE MOI

31/03/2026 - Par Aurélien Allin
Après avoir été sujet de trois documentaires, John Davidson, touché par le syndrome de La Tourette, a droit à son biopic. Un numéro d’équilibriste dont le cinéma anglais a le secret.

Mi-février, à la cérémonie des BAFTA, John Davidson, touché par le syndrome de La Tourette, proférait une injure raciste lors de la présence sur scène de Michael B. Jordan et Delroy Lindo. Aussi choquant était ce moment (que la BBC aurait dû couper), la réaction qui a suivi sur les réseaux n’a fait que prouver l’évidence : il y a encore fort à faire pour que soit comprise cette maladie. Un travail de pédagogie de longue haleine qui a justement été l’œuvre de toute une vie pour Davidson – au point d’en être décoré par la Reine Elizabeth II, qu’il interpella d’un « fuck the Queen » dû à ses tics neurologiques. Cette existence douloureuse, faite d’ostracisation et d’incompréhension, va elle-même muer en objet d’éducation puisqu’elle fait l’objet d’un film, PLUS FORT QUE MOI (titre un peu bébête, moins poétique que le I SWEAR anglais). Le scénariste et réalisateur Kirk Jones a l’audace de ne pas se voiler la face : les stigmates de la maladie, ces tics qui verbalisent les pires insanités, peuvent parfois provoquer l’hilarité. PLUS FORT QUE MOI débute ainsi sur le rire. Tout le talent de Jones est ensuite de déconstruire ce rire, de dévoiler la souffrance et la tragédie derrière les tics, sans pour autant oublier l’humanité de John Davidson – et donc, son humour. Un numéro d’équilibriste au dosage quasi parfait – « quasi » parce que le dernier acte, un poil hâtif et didactique, se fait plus brochure d’information que récit. PLUS FORT QUE MOI s’inscrit dans ce cinéma très anglais, socio réaliste et humaniste, qui regarde les cols bleus avec justesse et tendresse, sans paternalisme, de MY NAME IS JOE à THE FULL MONTY en passant par LES VIRTUOSES ou PRIDE. Un genre en soi que d’aucuns limitent à un sentimentalisme académique, alors qu’il permet d’insuffler du romanesque à des vies que l’on ramène trop souvent à une condition sociale. Et du romanesque, PLUS FORT QUE MOI n’en manque pas. Peut-être parce qu’émerge de chaque scène la passion de Kirk Jones pour son sujet – il a vendu sa maison pour faire le film. Mais aussi, surtout, parce que John Davidson trouve en Robert Aramayo un alter-ego imparable. Très physique, d’un naturel confondant, comme si l’acteur était lui-même parcouru arbitrairement de tics, sa prestation impressionne sans pour autant écraser ceux qui l’entourent. Mieux : sa densité et sa virtuosité ne résident finalement pas dans le visible, mais bien dans ces regards et ces silences dont transpirent la solitude et la souffrance de Davidson. Une performance très justement couronnée d’un BAFTA qui dévaste, terrasse. Et oui, parfois, déclenche l’hilarité. Un tour de force.

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Sortie : 01.04.26
De : Kirk Jones
Avec : Robert Aramayo, Maxine Peake, Peter Mullan, Shirley Henderson
Pays : Royaume-Uni
Durée : 2h
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