CHRISTY

04/03/2026 - Par Emmanuelle Spadacenta
Sydney Sweeney convaincante dans le biopic de Christy Martin, celle qui a mis en lumière la boxe féminine tout en vivant, en privé, les violences de son mari.

Qu’est-ce qui, dans la psyché masculine, pousse un homme à épouser une femme forte, athlétique, triomphante tout en exécrant son indépendance et sa combativité ? Quel délire, quelle frustration, poussent un type comme Jim (Ben Foster, imbuvable comme il sait parfaitement l’être), petit homme vieux, moche et trapu, à vouloir dominer sa femme quand elle vit ses plus grandes heures de gloire ? Ces questions hantent le film et elles sont si tordues que David Michôd doit en passer, pour y répondre, par la schématisation. L’époque – les années 90 – est toute en choucroute et en fringues ringardes, l’ascension de Christy est rapide et facile. La mère est une mégère, le coach est un connard. La fille que Christy aime est élégante et tous les autres sont laids. David Michôd recrée une Amérique de beaufs qui empêche notre boxeuse de jouir de son talent et de transformer sa réussite en liberté. Pourquoi une femme ne peut-elle jamais tout avoir ? interroge le réalisateur dans ce film au féminisme assumé et qui débine la médiocrité de cette petite Amérique bigote. Jusque-là, David Michôd avait mis en scène une violence crasse et masculine, quelque chose entre le bas combat de coqs et l’affirmation du pouvoir politique. Dans ANIMAL KINGDOM, film de fait divers, son personnage féminin, jouée par Jacki Weaver, avait l’énergie d’un chef de mafia, la perversité d’un proxénète. Certes, le héros, un neveu éloigné, était la victime de ce clan criminel, mais jamais David Michôd n’avait à ce point étudié la sociologie de la violence au masculin, celle qui vient parasiter le réel, celle qui nous entoure, pas celle du Moyen Âge (THE KING), pas celle de la politique de guerre américaine (WAR MACHINE), pas celle d’exception d’une famille de monstres d’une banlieue de Melbourne (ANIMAL KINGDOM), ni celle d’un homme désespéré dans un futur proche, quasi-post-apocalyptique (THE ROVER). Mais bien celle qui peut envoyer Rihanna ou Tina Turner à l’hôpital ou tuer la bodybuildeuse Zunilda Hoyos Mendez (morte sous les coups de son mari en juin dernier) comme votre voisine de palier. Protégé par les apparats du film de genre, David Michôd n’avait jamais eu « à rendre de comptes ». En racontant le destin tragique de Christy Martin, qui faillit mourir de la haine de son mari, il raconte la vraie différence entre la violence de spectacle – par exemple, celle de la boxe où Christy ne retenait pas ses coups – et la violence ordinaire – celle qui fait perdre leurs moyens aux victimes et qui a peu à voir avec la force. En cela, c’est un bon biopic car en soulignant les paradoxes de son héroïne et en questionnant ceux de son bourreau, David Michôd creuse le champ politique de la violence gratuite.

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Sortie : 04.03.26
De : David Michôd
Avec : Sydney Sweeney, Ben Foster, Merritt Wever, Katy O’Brian
Pays : États-Unis
Durée : 2h15
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