THE BRIDE !
Il ne faudrait garder de THE BRIDE ! que l’ambition, la direction artistique, le brio de son duo de monstres campés par Jessie Buckley et Christian Bale, l’énergie punk. Garder, en somme, l’idée de THE BRIDE ! plus que sa vision et son exécution. Car sur le papier, le deuxième long-métrage de réalisatrice de Maggie Gyllenhaal est tout ce qu’on espère d’un gros film d’auteur américain. Une envie d’en découdre, une façon de changer de regard, de pousser quelques murs et d’emballer tout ça avec la force du grand spectacle. Les premières minutes, sombres et bizarres à souhait, où une Mary Shelley d’outre-tombe possède Ida, une jeune femme triste, pour la transformer en furie, donne le ton d’un film mutant où tous les protagonistes sont à la fois des mythes, des monstres, des images de cinéma, des idées. Mais peut-être parfois trop rarement des personnages. Réanimée après sa mort par une créature de Frankenstein bien trop seul, et une savante folle, Ida se mue ainsi à la fois en une sorte de hantise féminine, la somme de toutes les violences, de toutes les peurs, de la rage, mais aussi une amoureuse, une icône punk, une indic de police, une beauté fatale… Du moins c’est ce qu’on croit comprendre dans ce fatras de scènes où rien ne prend vraiment. Noyée sous les références, du BONNIE & CLYDE d’Arthur Penn à METROPOLIS de Fritz Lang, en passant par ‘La Poupée’ d’Hans Bellmer ou l’expressionisme de LA FIANCÉE DE FRANKENSTEIN de James Whale, la mise en scène, spectaculaire certes, tourne à vide à force d’un film qui voudrait être à la fois rentre-dedans et abstrait. Constamment THE BRIDE ! complique tout, raconte sans raconter, cite d’un air profond des œuvres (le « I would prefer not to » du « Bartleby » de Melville balancé là comme un supposé manifeste) sans jamais donner corps et cœur à la citation, pour soudain appuyer son propos d’un gros trait lourdingue (« Me too, Me too » hurle la Fiancée). Quand ce n’est pas soudain une irruption de violence gratuite qui vient contredire tout le propos. Les personnages semblent constamment être les pantins d’un scénario qui veut leur faire marteler des idées plus qu’il ne sait raconter leur histoire. Il y a à l’origine de ce film une rage féminine, une colère, une ambition démesurée qui nous aurait bousculés et galvanisés si elle s’était simplement laissé aller à tout casser, à s’exprimer sans se justifier. À force de vouloir être tout à la fois, littéraire et trivial, cinéma de genre et cinéma d’auteur, punk et sophistiqué, THE BRIDE ! finit vite par n’être qu’un objet cérébral, là où il aurait peut-être gagné à n’être que purement viscéral.
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De : Maggie Gyllenhaal
Avec : Jessie Buckley, Christian Bale, Jake Gyllenhaal, Penélope Cruz
Pays : États-Unis
Durée : 2h06
