OBSESSION

14/05/2026 - Par Aurélien Allin
Après des vidéos, des courts et un long sur YouTube, Curry Barker s’attaque au cinéma en salles avec un film d’horreur d’une maîtrise ahurissante. Digne des pires cauchemars.

Dès la première scène d’OBSESSION, Curry Barker prévient le spectateur de ne pas se fier à ce qu’il voit et entend. Alors qu’un garçon, Bear, déclare l’amour qu’il a pour une amie, Nikki, la mise en scène et le montage vont vite jouer du décalage pour dévoiler, en contre-champ, la réalité. La révélation n’est pas énorme, rien de tonitruant, juste de quoi donner le ton : OBSESSION vise l’imprévisibilité. Bear est donc amoureux de Nikki sans réussir à faire le premier pas et comble de la lose, son chat vient de caner d’une overdose d’anxiolytiques. Alors qu’il cherche un cadeau pour l’élue de son cœur, il tombe sur une boutique ésotérique et y découvre un bâtonnet à briser censé exaucer un vœu. « Pas de réclamation possible », lui dit étrangement la vendeuse. Et c’est bien dommage. Car le vœu – que Nikki soit folle de lui –, va bien être exaucé. Débute un grand-huit horrifique. Pour Bear, qui ne pensait pas qu’un amour inconditionnel et possessif pouvait être flippant. Et pour Nikki, dont le consentement est totalement nié par le vœu. Dans une des scènes les plus dérangeantes, alors que Bear appelle la hotline du bâtonnet, l’opérateur lui assure que Nikki est encore là, prisonnière, enfouie sous celle qui l’aime passionnément. Et la jeune femme de hurler à l’aide, au bout du fil. Nikki, véritable victime du vœu, vit un cauchemar et OBSESSION peine un peu trop longtemps à le verbaliser – pour en faire le cœur de la scène finale, remarquable d’intensité. En dépit de ce léger bémol, le premier long-métrage professionnel de Curry Barker révèle un auteur qui, déjà, maîtrise parfaitement son univers, l’effroi qu’il veut susciter et les outils pour y parvenir. OBSESSION est ainsi un croisement entre LA QUATRIÈME DIMENSION et LES CONTES DE LA CRYPTE où l’horreur est autant intellectuelle et atmosphérique que viscérale et graphique. Avec des nappes de musique incessantes et écrasantes, un sound design ultra agressif, des ruptures de ton aiguisées (le film est macabrement drôle), des images d’une rare violence ou, plus intéressant, malaisantes, jouant sur des peurs indicibles et un jeu malin entre le visible et l’invisible, Barker part à l’assaut des sens du spectateur. Non pas pour le faire sursauter, mais pour lui faire dresser les poils sur la nuque – selon ses termes. Une expérience voyeuriste, qui nous force à regarder les dominos tomber et, en authentique conte moral, à nous interroger sur ce que nous ferions dans cette situation. D’autant que Bear est à la base un bon gars, rappel comme un autre que masculinité et toxicité peuvent très facilement marcher main dans la main.

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Sortie : 13.05.26
De : Curry Barker
Avec : Michael Johnston, Inde Navarrette, Cooper Tomlinson, Megan Lawless
Pays : États-Unis
Durée : 1h49
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