LES CONTREBANDIERS

15/09/2026 - Par Aurélien Allin
Le film d’aventure à l’ancienne a de beaux restes et le prouve dans cet excellent thriller « jack-london-ien » où la nature, bien qu’hostile, n’est pas le pire ennemi du col bleu.

Par un pur hasard du calendrier, deux sorties de la rentrée, HEART OF THE BEAST de David Ayer et LES CONTREBANDIERS de Padraic McKinley, se placent sous l’influence de Jack London et de son œuvre, l’une des plus importantes de la littérature américaine. Dénué de composante canine, le second lorgne autant vers les récits de survie comme « Construire un feu » qu’il reprend un pan moins largement connu et discouru de l’œuvre de London, mais pas moins marquant, exploré dans « La Route », « Le Peuple d’en bas » ou « Révolution » : le socialisme et la lutte des classes. 1933, en pleine Grande Dépression. Veuf et sans le sou, Samuel Murphy (Ethan Hawke), bien que malin et ingénieux, peine à élever et nourrir sa fille Penny. Après s’être battu dans la rue, il échoue en prison. Condamné aux travaux forcés, il redoute le moment où Penny sera mise à l’adoption. Le directeur de son camp (Russell Crowe) lui propose un deal : s’il monte une équipe et affrète en toute illégalité une cargaison d’or à travers la forêt, il signera sa libération immédiate… Un peu hors des codes actuels pour ne pas dire joliment anachronique, LES CONTREBANDIERS prend tout son temps, dans les 40 minutes, pour en arriver à ladite mission. Et c’est là que réside toute sa force narrative : car si le film ne se refuse jamais au genre puisqu’il est, en son cœur, un grand récit d’aventure avec ses moments de bravoure et de fatalité, il place ses personnages au cœur de ces rebondissements. Alors que l’Homme galère dans la Nature hostile, LES CONTREBANDIERS peut lentement, mais sûrement, rappeler avec force la friction qui sous-tend réellement la mission : la lutte des classes. La civilisation, ça ne devrait pas être un type oisif qui amasse des fortunes pendant que les autres triment pour une misère, nous dit-on en substance. Et pourtant, c’est ce que ces bagnards vivent, leur sort, bien qu’extrême, en écho aux injustices contemporaines. La Nature écrase par sa puissance, mais sans cynisme ni calcul – tout juste faut-il le savoir, la respecter et agir en conséquence – contrairement au système économique qui, lui, « retire à l’individu sa capacité à nourrir sa famille » et, ainsi, « crée du désespoir » sans que l’on puisse vraiment s’en accommoder. Là, entre une séquence splendide d’orage nocturne ou, stressante, de franchissement de pont vermoulu, des saillies ultra doloristes et le festival concocté par un Ethan Hawke plus cool que jamais, LES CONTREBANDIERS filme avec modernité des hommes et des femmes dignes qui résistent, qui tentent de survivre, voire de se rebeller contre un système injuste et débilitant. Jack London serait fier.

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Sortie : 16.09.26
De : Padraic McKinley
Avec : Ethan Hawke, Russell Crowe, Austin Amelio, Julia Jones
Pays : États-Unis
Durée : 1h52
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