Cannes 2026 : TEENAGE SEX AND DEATH AT CAMP MIASMA

14/05/2026 - Par Aurélien Allin
Jane Schoenbrun creuse le sillon initié avec I SAW THE TV GLOW. Un cinéma d’esthète qui ne ressemble à aucun autre, où le storytelling bute sur un excès de théorie.

Une équipe de tournage captée en vision subjective, une respiration lourde comme sortie de RED IS DEAD. Puis une scène de slasher ridiculement gore. Après ce prologue rigolo et intrigant, le générique de TEENAGE SEX AND DEATH AT CAMP MIASMA rappelle ce que l’on savait depuis I SAW THE TV GLOW : Jane Schoenbrun est une esthète, une cinéaste de l’image et du son. Sur une reprise éthérée de « Nightswimming » de R.E.M. par Okay Kaya, elle dit avec grande efficacité tout ce que l’on a à savoir sur CAMP MIASMA, la fausse franchise d’horreur à la VENDREDI 13 qui va être au centre de son récit : le triomphe inattendu du premier volet, les 13 (!!) suites, le culte, le merchandising, le réexamen au XXIe siècle des atours problématiques de l’œuvre, etc. Kris (Hannah Einbinder), jeune cinéaste auréolée du succès d’un premier film fauché, se rend au beau milieu de nulle part pour rencontrer Billy (Gillian Anderson), actrice mythique et retraitée du premier CAMP MIASMA, afin de la convaincre de participer au legacyquel qu’elle prépare. Si les exécutifs du studio sont cyniques, Kris ne l’est pas : CAMP MIASMA a formé son imaginaire et son Art. Jane Schoenbrun creuse ainsi le sillon de I SAW THE TV GLOW, la manière dont l’art, aussi populaire soit-il, nous façonne, fait de nous des fétichistes jusqu’à l’obsession et au nombrilisme. Là émerge l’autre facette de Schoenbrun, cinéaste de l’image certes, mais aussi de la théorie et de la métaphore précédant le narratif. « Mon art explore le croisement entre les identités queer et les représentations culturelles de la monstruosité », s’auto décrypte avec assurance Kris, comme parlant pour Schoenbrun elle-même. Et TEENAGE SEX… de muter immédiatement en méta-film où fiction et réalité entrent en collision, un MATRIX RESURRECTIONS du slasher qui parodie l’industrie et ses travers mais, surtout, commente un genre en usant de ses codes et embrasse ses sous-entendus sexuels. Problème ? Jane Schoenbrun n’a, pour le moment, pas encore le génie du storytelling des Wachowski et son film de se draper dans de grandes théories et des envolées méta non-sensiques pour, au final, asséner un peu l’évidence, presque consciemment – le tueur de CAMP MIASMA se nomme Little Death –, sans pour autant parvenir à construire un récit qui tienne la route et qui puisse exister, viscéralement, au-delà de l’intellect. De cette déconstruction de l’orgasme féminin restent néanmoins beaucoup de choses : la puissance indéniable de certaines images poético morbides, la superbe artificialité de décors qui assument d’en être, un sens inné de la culture pop dans tout ce qu’elle a de plus noble et inspirant. En somme, la modernité et la singularité absolues de l’univers queer de Schoenbrun. Et, au cœur du film, une séquence qui confine au sublime, une tuerie caméra fixée à Little Death, illustrée par « A Long December » de Counting Crows, monument de gore mélancolique. Trente ans en arrière, Jane Schoenbrun aurait sans doute été une grande clippeuse, de la trempe de celles et ceux capables de redéfinir l’esthétique d’une époque, comme Michel Gondry, Chris Cunningham ou Spike Jonze. Comment, alors, ne pas être impatient que ses images trouvent enfin histoire et récit à leur niveau ?

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Sortie : Prochainement
De : Jane Schoenbrun
Avec : Hannah Einbinder, Gillian Anderson, Jack Haven, Eva Victor
Pays : États-Unis
Durée : 1h46
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