Cannes 2026 : QUELQUES JOURS À NAGI
« Du simple fait d’être un homme, je porte sur mes épaules l’Histoire du patriarcat et de la masculinité. J’ai donc envie de ne pas me détourner de cette responsabilité et de traiter ces questions à bras-le-corps », nous expliquait Koji Fukada lors de la sortie de LOVE ON TRIAL. So nouveau film, QUELQUES JOURS À NAGI, ne va pas le désavouer. Dans un petit village de montagne où l’art et la culture ont une place étrangement prépondérante débarque Yuri, architecte, qui rend visite à Yoriko, son ex-belle-sœur, fermière et sculptrice. Parce qu’elle avait besoin d’une pause, Yuri a accepté de poser pour Yoriko. Koji Fukada n’a jamais été un cinéaste de l’effet : son cinéma se caractérise par sa patience, sa méticulosité. Tout y coule de manière réaliste, comme si le montage n’existait pas, comme si le naturalisme – narratif, esthétique, d’interprétation – parvenait à triompher du mensonge qu’est l’art filmique. Ainsi capte-t-il dans QUELQUES JOURS À NAGI des discussions en longs plans, larges et fixes, où Yuri et Yoriko peuvent lentement se dévoiler. Leurs blessures, leurs insécurités, leurs fragiles certitudes, l’échec du mariage de l’une, le chagrin d’amour irrésolu de l’autre, ce que leur art respectif raconte d’elles. « J’aime bien discuter en travaillant. Ça m’aide à capter la personnalité de mon modèle », dit Yoriko, comme si Fukada s’adressait lui-même à son public, ses yeux dans les nôtres. Ainsi, dès lors qu’il déplace sa caméra, notamment lors de zooms ou dézooms aussi simples qu’aériens, l’impact en est décuplé, le sens immédiatement ressenti, tel un séisme silencieux. Une maîtrise qui envoûte : plus rien n’a d’intérêt à part ce qui se joue à l’écran. Une expérience du réel qui en transcende sa banalité, où deux femmes somme toute ordinaires deviennent le temps d’une séance de grandes héroïnes magiques et fascinantes. D’autant que ce que Fukada raconte ici dépasse en réalité le simple quotidien de ces femmes et des personnages qui gravitent autour d’elles – notamment deux adolescents, Keita et Haruki. Tous liés les uns et unes aux autres, consciemment ou non, par des histoires d’amour, de souvenir et de mort, par des fantômes en errance, les protagonistes de QUELQUES JOURS À NAGI défient le modèle familial traditionnel japonais et ainsi, le patriarcat rigide qui le régit et qui insuffle tant d’arrogance à la gent masculine. Tous jouent contre ce que la société nippone admet et les sons des tirs d’artillerie venus de la base militaire voisine qui rythment leur quotidien semblent constamment le leur rappeler. Koji Fukada, tout homme qu’il est, n’a pas besoin d’une telle pyrotechnie : tout est là, dans les silences et la retenue, du grand cinéma dans son plus simple appareil.
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De : Koji Fukada
Avec : Takako Matsu, Shizuka Ishibashi, Kenichi Matsuyama, Waku Kawaguchi
Pays : Japon
Durée : 1h50

