Cannes 2026 : LA DÉTENTION
On reconnaît à l’administration pénitentiaire d’étonnantes velléités de transparence. Guillaume Massart suit, avec une caméra objective et sans faire aucun commentaire, nos futurs gardiens de prison ; montrer la formation, c’est montrer ce que les formateurs doivent rappeler des obligations et des arbitrages qui s’imposent au sein de l’établissement – quand faut-il contourner les règles, comment prévenir le suicide etc. Ça paraît évident, tomber sous le bon sens, et pourtant tout ce qui relève de l’humain est forcément compliqué. Et pas nécessairement entre surveillant et détenu d’ailleurs : en revenant de stages, dans divers établissements plus ou moins durs, les élèves relatent les tensions entre gardiens – l’une s’est faite menacer de mort par des collègues –, des rackets de cigarettes, des abus de pouvoir envers des primo-incarcérés. Le récit de LA DÉTENTION démarre sur la nécessité du droit, de bases civiques et de la bonne volonté des étudiants et se termine dans le doute : ces élèves modèles seront-ils fatalement corrompus par la fatigue, la violence et le manque de moyens ? Deviendront-ils forcément ceux dont ils dénoncent le comportement ? L’effet de contraste entre ce qu’ils sont et ce qu’ils peuvent devenir est édifiant. Mais Guillaume Massart n’est pas le perdreau de l’année : il filme aussi l’instinct de violence et l’envie de devenir gardien de prison aussi pour en découdre. Plongée sans fard dans un milieu dont le cinéma a totalement dévoyé l’image, LA DÉTENTION se place au cœur de la République Française. Comment la devise « ce qui est bon pour eux est forcément bon pour nous », plaçant le bien-être de détenus au centre du bon fonctionnement carcéral, a pu être salie progressivement par les petites polémiques et la récupération politique ? Un documentaire essentiel.
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De : Guillaume Massart
Pays : France
Durée : 2h12

