Cannes 2026 : COLONY

16/05/2026 - Par Aurélien Allin
Yeon Sang-ho revient au film de zombies et réussit le triple exploit d’être à la hauteur de DERNIER TRAIN POUR BUSAN, de raconter l’époque et de renouveler le genre.

Parce que les morts-vivants et leur forme plus moderne, les enragés créés par 28 JOURS PLUS TARD, sont des humains devenus monstrueux et ramenés à leurs instincts les plus viscéraux, le film de zombies a toujours permis de regarder l’humanité dans les yeux et donné l’occasion aux réalisateurs de raconter leur époque ou ce qu’ils pressentent de notre futur. De l’ère des droits civiques et la psyché américaine des 60’s dans LA NUIT DES MORTS-VIVANTS au Brexit et ses conséquences dans 28 ANS PLUS TARD en passant par la satire du capitalisme dans ZOMBIE ou la force du collectif comme réunion d’individualités dans DERNIER TRAIN POUR BUSAN, le zombie nous tend un miroir révélateur. Yeon Sang-ho le sait mieux que quiconque : son DERNIER TRAIN POUR BUSAN a redynamisé le genre dans son pays, la Corée du Sud. Dix ans après ce succès retentissant – et six après l’échec de sa suite PENINSULA –, il y revient dans COLONY avec, là encore, l’envie d’en découdre avec le monde et en particulier avec notre époque ultra connectée. COLONY entre immédiatement dans le vif de son sujet : un homme annonce aux autorités qu’un attentat bioterroriste va avoir lieu dans une tour du centre-ville. Lui le scientifique dont les recherches ont été spoliées, va se venger en libérant un agent pathogène. Son but ? « Élever l’homme au niveau supérieur, créer une deuxième révolution cognitive » et donner « naissance à une nouvelle humanité ». La chienlit, quoi. Dès les très rapides premières contaminations et attaques, on retrouve l’énergie folle de DERNIER TRAIN POUR BUSAN, l’agressivité d’un film de zombies qui ne fait pas de quartier, où la caméra sait se faire immersive, avec un goût pour l’animalité et la transgression graphique notamment par la grâce de créatures auxquelles donnent vie des danseurs capables des pires contorsions pour inventer un nouveau langage corporel à la fois fascinant et effrayant – les zombies, ainsi, se déplacent au départ à quatre pattes. Le spectacle est total, prenant, d’autant que les héros cherchant à survivre dans ce beau bordel font preuve de courage et de malice. Puis par sa mise en scène, Yeon Sang-ho nous apprend rapidement que ces zombies… apprennent et communiquent ! Subitement, COLONY bascule car il balaie tout programmatisme. Il impose une idée qui, non seulement relance sans cesse les enjeux du récit, impose progressivement un propos très actuel sur le danger du tout-connexion et de l’uniformisation, mais invente aussi quelque chose de foncièrement nouveau qui modernise le zombie movie lui-même. Combien de films évoluant dans un genre aussi codifié peuvent en dire autant ?

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Sortie : 27.05.26
De : Yeon Sang-ho
Avec : Jun Ji-hyun, Koo Kyo-hwan, Ji Chang-wook, Kim Shin-rock
Pays : Corée du Sud
Durée : 2h02
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