BACKROOMS
L’idée centrale de BACKROOM est, sur le papier, séduisante. La vie de Clark périclite : sa femme l’a quitté, son magasin de meubles n’attire plus les foules et sa psychothérapie n’avance pas. Un soir, au sous-sol de son immense boutique, il découvre une porte invisible vers un étrange monde labyrinthique, comme un immeuble de bureau désert. Cette idée, dérivée d’un creepy pasta né sur un forum Internet, Kane Parsons l’avait déjà développée en série sur YouTube, qu’il porte ainsi au cinéma. Débutant sur un segment en found footage d’une indéniable efficacité, notamment dans son talent à rendre l’invisible écrasant, BACKROOMS situe sans grande raison son récit en 1990 et embrasse par moments cette esthétique VHS / image cathodique qui semble être, pour une nouvelle génération, l’apanage de l’étrange. Ce choix questionne d’autant plus qu’au centre du film,une scène où les backrooms se démultiplient à l’infini, chaque itération un peu plus désincarnée que la précédente, renvoie avec pertinence à l’IA générative et son incapacité à reproduire la réalité. La réflexion, face au refus du film de se frotter frontalement à notre époque, perd de son impact. Au-delà du choc initial de la découverte des backrooms et de leur production design sidérant qui joue d’une idée aussi abstraite que poétique – où se situe la normalité d’un décor intérieur ? à partir de quand son décalage devient-il dérangeant ? –, le film s’épuise très rapidement, incapable de créer des enjeux humains palpables, la faute à une écriture de ses protagonistes à gros traits. Pire encore, BACKROOMS peine finalement à effrayer, troquant le mystère cauchemardesque pour le monstrueux grotesque. Passé le premier malaise, BACKROOMS ronronne, tourne en rond comme son protagoniste, et laisse l’esprit du spectateur vagabonder. Voire rêver de ce qu’un Kiyoshi Kurosawa aurait bien pu tirer d’une idée aussi formidable.
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De : Kane Parsons
Avec : Chiwetel Ejiofor, Renate Reinsve, Mark Duplass, Finn Bennett
Pays : États-Unis
Durée : 1h50
