PARADISE
PARADISE se présente à nous comme le début d’une mythologie : un pêcheur, seul en mer, s’approche d’un grand cargo en feu dont les marins s’enfuient pour échapper à la mort. Il en sauve un, un Américain, le capitaine. D’où vient cette histoire ? Qui la raconte ? Est-ce le père de Kojo qui disparaîtra au large du Ghana lors d’une tempête ? Ce capitaine, c’est le nouveau compagnon de Chantal, qui vit à des milliers de kilomètres au Québec. Aujourd’hui hospitalisé, il a besoin d’argent, des dollars qu’elle lui envoie quitte à vider le compte de son fils. Depuis qu’il est seul, Kojo a, lui, intégré des gangs d’un type de crime organisé bien spécial. Difficile d’en dire plus au risque de dévoiler la structure rigoureuse qui fait de PARADISE un film (un premier, d’ailleurs) remarquable. Jérémy Comte relie l’Amérique du Nord à l’Afrique par le goût des fables : celles que les uns sont tout prêts à croire et celles que les autres sont doués pour raconter. Face aux histoires qui flattent, on oppose celles, très occidentales, de suprématie et de vengeance, lorsque Tony pense pouvoir conquérir le Ghana, obtenir justice et reste aveugle aux pièges que le pays et ses enfants désœuvrés lui tendent. Et PARADISE d’avoir un si fort pouvoir d’évocation, un tel désir de storytelling que les fables et les mythologies deviennent réalité dans un dernier acte où la mécanique du récit laisse sans voix. Que PARADISE soit coécrit par Jérémy Comte, québécois, et un scénariste dont les racines sont ghanéennes, Will Niava, lui confère une formidable double identité de conte philosophique et de film social ainsi qu’un double regard sur la réalité de ce qui sépare et rapproche les deux cultures. Dénué des maladresses incontournables des premiers longs-métrages (son court-métrage, FAUVE, avait été précédemment nommé aux Oscars), assuré dans l’agencement de son intrigue et le dévoilement de ses mystères, PARADISE sera souvent rapproché des implacables tragédies de Denis Villeneuve ou des portraits de garçons brossés avec aplomb par Xavier Dolan – si l’on doit faire des analogies avec ses compatriotes. Son cinéma, on le découvre puissant et sentimental, pragmatique et symbolique, à la lisière même du fantastique, ancré dans aujourd’hui et résolument intemporel. L’image réaliste et opulente du Ghana et l’atmosphère éthérée et solitaire du Québec cohabitent dans un style naturaliste, guidé par les motifs de l’eau et du feu. Jamais le film, nourri d’une expérience personnelle puis porté par une dimension quasi-mystique, ne fait valoir la machinerie de son écriture ou sa malice. Au contraire, tout est raconté avec simplicité et des acteurs non professionnels au naturel époustouflant.
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De : Jérémy Comte
Avec : Daniel Atsu Hukporti, Joey Boivin-Desmeules, Evelyne de la Chenelière
Pays : Canada / Ghana
Durée : 1h32

