Cannes 2026 : HISTOIRES DE LA NUIT

22/05/2026 - Par Renan Cros
Adaptation tendue et brillamment resserrée du livre de Laurent Mauvignier, HISTOIRES DE LA NUIT assume le genre avec un pur savoir-faire de mise en scène. Un vrai beau cauchemar de cinéma.

Peut-être pour celles et ceux qui ne se seraient pas plongés dans le pavé de Laurent Mauvignier vaut-il mieux ne rien dire et leur conseiller de se laisser happer par la noirceur qui arrive. Si dans son livre, l’écrivain dilatait par les mots les procédés du cinéma, transformant la lecture en un étouffant polar au ralenti, Léa Mysius a l’intelligence d’aller chercher l’expérimentation ailleurs. Dans sa capacité à faire naître une forme de thriller à la française, à tenir ensemble le romanesque psychologique et la terreur pure. Récit d’une nuit de cauchemar, HISTOIRES DE LA NUIT devient devant la caméra de Léa Mysius une somme de fictions qui s’entrechoquent. Famille sans histoire, Nora, Thomas et leur fille Ida vivent dans une ferme isolée. En quelques plans, la cinéaste raconte le quotidien, les gestes, l’habitude, la galère. On se demande d’où peut bien venir le danger. Et s’il est même déjà là. Oui et non. C’est toute l’ambiguïté passionnante d’un film en apparence rectiligne, où on ne va jamais cesser, nous spectateurs, de se raconter les histoires qui manquent. À commencer par cette voisine, artiste peintre mélancolique qui semble faire tache dans ce décor fermier. Qui est-elle ? Pourquoi ses tableaux sont-ils si sombres ? En modifiant le roman et en allant chercher du côté de la cinégénie trouble de Monica Bellucci, qui incarne cette peintre, HISTOIRES DE LA NUIT nous emmène déjà ailleurs, avant même que le Mal n’arrive.

Quand soudain des hommes débarquent, étrangement calmes et furieusement inquiétants, le récit s’emballe. Léa Mysius convoque quelque chose du FUNNY GAMES de Haneke et maîtrise la tension. Plus qu’un home invasion, HISTOIRES DE LA NUIT est l’invasion d’une intimité. Les corps étrangers qui s’installent à table, touchent ce qui nous appartient, jouent la complicité, cherchant à creuser plus profond encore le trou béant de la peur qui s’est emparée des personnages. Vu à travers les yeux d’Ida, la terreur gagne mais ne paralyse pas le récit. Au contraire, plus la peur s’installe, plus la menace s’éclaire et fait avancer l’histoire. Huis clos étouffant, mené par les performances remarquables des acteurs, le film creuse le genre, sait attraper le spectateur par le col, le balader, le bousculer même, avec une vraie intelligence de cinéma. Si Hafsia Herzi et Bastien Bouillon assurent, le duo Paul Hamy / Alane Delahaye file des frissons. Mais c’est surtout Benoît Magimel, dans son costard tout droit sorti du PACIFICTION d’Albert Serra, qui sidère en maniant la douceur comme une lame de couteau. Brillamment, chaque personnage, même le plus petit, porte en lui une histoire, une fiction, que la mise en scène réussit à faire exister. Charriant à l’image, mythes, imagerie picturale, terreurs de contes de fée et réminiscences de cinéma, HISTOIRES DE LA NUIT chope son spectateur pour le laisser à l’aurore, secoué mais conquis.

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Sortie : 16.09.26
De : Léa Mysius
Avec : Hafsia Herzi, Bastien Bouillon, Benoît Magimel, Paul Hamy
Pays : France
Durée : 1h54
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