Cannes 2026 : COWARD

22/05/2026 - Par Perrine Quennesson
Le troisième long-métrage de Lukas Dhont porte un lui un beau projet, qui ne trouve malheureusement pas toute sa force dans une exécution un peu trop académique pour emporter.

Elle est belle, cette idée de Lukas Dhont : redéfinir le courage sous toutes ses formes. Celui de retourner au front, de se choisir soi plutôt que sa patrie, de divertir et faire sourire quand tout n’est que mort autour de soi, ou encore de vivre son désir dans le monde ultra-machiste de l’armée. Dans COWARD, on suit Pierre, 18 ans, qui rejoint l’armée belge lors de la Première Guerre mondiale. Le film s’ouvre à bord du train qui l’emmène vers le front. L’ambiance y est presque joyeuse : les « petits bleus » chantent fort et l’enthousiasme est là. Mais l’illusion se dissipe vite face à la routine mortifère des tranchées : quatre jours à l’arrière à porter les munitions et à enterrer des gamins de leur âge, puis quatre jours en première ligne, dans la boue, la peur et la sidération. Pourtant, quand Pierre, le jeune agriculteur, croise le regard de Francis, fils de tailleur, un feu s’allume dans la nuit noire de la guerre. Francis est fantasque et créatif – tout ce que Pierre n’est pas. À travers lui, on découvre le théâtre des tranchées, destiné à remonter le moral des troupes. Romance interdite, naissante et ardente, sur fond d’un pan méconnu de la Grande Guerre : sur le papier, le programme de COWARD était enchanteur. L’exécution l’est malheureusement un peu moins. À force de vouloir faire « beau » (et les images le sont, incontestablement), Lukas Dhont en oublie de faire vrai. Tout semble lissé sous une lumière chaude – solaire ou feutrée à la bougie – et le récit se déroule avec un sens du programme trop évident, une trop grande application, pour vraiment happer le spectateur en quête d’une vibration charnelle, vitale. Certes, tout est soigné : les décors sont convaincants, les costumes impeccables, et la reconstitution historique est au cordeau… mais le souffle manque. Le théâtre et les chansons, promesses si séduisantes de ce troisième long-métrage du cinéaste belge qu’on se mettait à rêver comme une comédie musicale, ne restent finalement qu’un simple décorum, un prétexte jamais pleinement exploré. De plus, si l’on se prend d’affection pour Francis (Valentin Campagne) – qu’on aurait adoré voir en personnage principal pour son parcours d’homme queer trouvant paradoxalement dans la guerre l’espace pour se révéler –, le film préfère se focaliser sur un Pierre (Emmanuel Macchia) monolithique, au parcours plus convenu, multipliant les plans interminables sur son visage renfrogné. On pense beaucoup à BROKEBACK MOUNTAIN devant COWARD, mais le film n’en partage hélas ni l’apparente simplicité, ni la passion.

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Sortie : Prochainement
De : Lukas Dhont
Avec : Emmanuel Macchia, Valentin Campagne, Jonas Wertz, Jef Jacobs
Pays : Belgique / France
Durée : 2h
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