Cannes 2026 : THE MAN I LOVE

21/05/2026 - Par Aurélien Allin
Fin des années 80, New York : un artiste défie la mort le temps de quelques semaines. Inégal, mais porté par une poignée de séquences bouleversantes.

Peut-être parce qu’à la fin des années 80, le monde préférait détourner le regard et faire « comme si », Ira Sachs prend le parti dans THE MAN I LOVE de ne jamais faire prononcer les mots VIH et SIDA à ses personnages. L’épidémie qui frappe la communauté d’artistes queer de New York qu’il filme est pourtant partout. Dans les sous-entendus sur l’état de santé du personnage principal, Jimmy George (Rami Malek), « artiste de théâtre ». Dans les réprimandes qu’une jeune fille fait à son colocataire après qu’il a couché avec Jimmy – « T’es idiot ? Tu veux mourir ? ». Dans ces trop nombreuses gélules, dont d’AZT, que Dennis (Tom Sturridge), le compagnon de Jimmy, organise dans un pilulier. Dans les regards attristés et résignés des compagnons de création de Jimmy lorsqu’il oublie son texte dans de longues scènes de répétition de leur nouvelle pièce, inspirée du film québécois IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’EST (1974) d’André Brassard. Ce non-dit central empêche sans doute THE MAN I LOVE de devenir un « film sur le SIDA », un objet inféodé à ce sujet – et puis, que dire de plus que ANGELS IN AMERICA ou 120 BPM ? Mais, au contraire, d’être un film sur la vie, la soif de création, l’amour aussi, l’envie de défier la mort quelques jours ou semaines. Des thématiques qu’Ira Sachs déploie sans élan romanesque : THE MAN I LOVE, de bien des façons, semble presque étriqué, étouffé. Comment pourrait-il en être autrement, alors que l’issue, pour Jimmy, ne fait aucun doute ? Reste que l’effet est palpable : le récit fluctue entre moments attendus sans grand impact émotionnel et, lorsqu’il se libère, une poignée de séquences remarquables, débordantes de passion, d’âme, d’allégresse, de peur, de peines. Des scènes ayant la particularité d’être musicales – sans faire pour autant de THE MAN I LOVE une comédie musicale. Se servant du milieu artistique qu’il filme, Ira Sachs capture tout simplement ses personnages danser comme si demain n’existait pas, chanter pour allier la performance à l’expression de leur intimité. À ce jeu, Rami Malek livre la plus belle prestation de sa carrière où son outrance habituelle, ici parfaitement dirigée par Sachs, démontre une foule de nuances pour une poignée de moments mémorables – son interprétation de la chanson de Mélanie « Look What They’ve Done To My Song, Ma » est l’apogée du film. Pourtant, au cœur de THE MAN I LOVE se cache son arme secrète, celle par qui il surmonte bien des réserves : le personnage de Dennis, toujours dans l’ombre, derrière Jimmy, amant indéfectible que l’on prend pour acquis, dont la dignité silencieuse bouleverse d’autant plus qu’elle ne réclame aucune médaille. Un rôle faussement simple, servi avec une élégance folle par Tom Sturridge.

Partagez cette chronique sur :
Sortie : Prochainement
De : Ira Sachs
Avec : Rami Malek, Tom Sturridge, Rebecca Hall, Ebon Moss-Bachrach
Pays : États-Unis
Durée : 1h35
Partagez cette chronique sur :

Découvrez nos abonnements

En formule 1 an ou en formule 6 mois, recevez Cinemateaser chez vous !