Cannes 2026 : SANGUINE
En 1958, Hannah Arendt théorisait la notion d’« Animal Laborans » dans Condition de l’homme moderne : l’idée d’un être humain ne vivant que pour le labeur, dont l’excellence ne se mesure qu’à l’aune de sa productivité. Notre société contemporaine semble avoir érigé ce concept en dogme, et c’est précisément ce que Marion Le Coroller décide de torpiller dans son premier long-métrage, SANGUINE. On y suit Margot, jeune interne aux urgences qui commence à constater des symptômes étranges, et très inquiétants, il faut bien le dire, chez elle, ainsi que chez plusieurs patients dans sa tranche d’âge. Sang qui sort par tous les pores de la peau, cicatrices purulentes et accès de violence extrême sont au programme de ce film de genre qu’on prend plaisir à laisser nous malmener. Cependant, malgré ses effets très réussis et des acteurs investis, dont Mara Taquin dans le rôle principal, un parfum de déjà-vu flotte sur le film. On pourrait situer la réalisatrice dans la lignée de Julia Ducournau ou Coralie Fargeat, mais ce serait une politesse : le film use et abuse de leurs codes, de l’écartèlement des chairs aux murs rouges cliniques, portés par une utilisation intense du grand angle et d’une musique électro grinçante. La présence de Pierre-Olivier Persin au maquillage (déjà à l’œuvre sur THE SUBSTANCE) ne fait que renforcer ce sentiment de redite. Ces rappels, à des films particulièrement récents, l’empêche de se détacher vraiment pour s’affirmer pleinement. C’est toutefois par son sujet que SANGUINE se distingue. En observant l’impact de la cadence et de la compétitivité sur les corps et les âmes, le film sonne juste, désagréablement juste. Si l’humour n’est jamais loin, tel un rempart grimaçant contre nos névroses, SANGUINE réussit son coup d’éclat lors d’une avant-dernière séquence saisissante et poignante. Elle y parachève avec intelligence le portrait amer d’une Gen Z déjà consumée, avant même d’avoir pu briller.
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De : Marion Le Coroller
Avec : Mara Taquin, Kim Higelin, Sami Outalbali, Karin Viard
Pays : France
Durée : 1h43

