Cannes 2026 : BLAISE
Si l’expression « mettre le doigt dans l’engrenage » devait trouver son expression filmique, aucun doute que ce serait BLAISE de Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue. Après avoir débuté en BD où il était tout enfant, puis dans un format 3 x 30 minutes pour Arte où il avait 12 ans, Blaise continue son épopée, cette fois au cinéma. Il a désormais 16 ans et tout du « garçon transparent » : un physique ingrat et une aisance sociale proche du néant. Lorsqu’une fille plus âgée le prend par erreur pour un Che Guevara des temps modernes, Blaise ne rectifie pas le tir. Il se laisse porter, laissant le quiproquo s’enraciner jusqu’à l’irréversible. Et ça va loin. Mais Blaise n’est pas seul dans sa névrose : autour de lui, chacun joue un rôle pour exister. Par conformisme, par peur d’être invisible aux yeux des autres, par besoin d’être accepté. Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue prennent ainsi un malin plaisir à regarder partout autour de l’adolescent : sa mère au ton de voix naturellement sarcastique qui tente désespérément de changer son image, son père terrorisé à l’idée qu’on le prenne pour un boulet ou encore sa petite copine bourgeoise en plein transfuge de classe inversé, trahie par son habitus… Avec son animation faite de collages – imaginez « Les Têtes à Claques » dans l’univers de Nicolas et Bruno – ce premier long-métrage s’amuse à pousser les curseurs de l’absurde dans une logique jusqu’au-boutiste de notre instinct grégaire et de notre propension à l’hypocrisie sociale, alimentée par nos égos. Grâce à sa rythmique pleine de contretemps, de dialogues bien sentis et de silences superbement gênants, BLAISE s’affiche déjà comme un petit objet culte en devenir.
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De : Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue
Avec : Léa Drucker, Jacques Gamblin, Timéo Beasse, Nina Blanc-Francard
Pays : France
Durée : 1h22

