Cannes 2026 : HISTOIRES PARALLÈLES
Tout démarre comme ce qu’on imagine d’un film d’Asghar Farhadi. Un homme taiseux (Adam Bessa) seul, filmé en gros plan, quitte un foyer provisoire et erre dans les rues de la capitale. Soudain dans les couloirs du métro, un évènement banal, un vol de portefeuille et lui de s’interposer. Tout semble sur des rails, on voit déjà où le réalisateur va nous emmener. Mais déjà là, il nous a baladés. Très vite, on glisse dans le regard d’une écrivaine aigrie (Isabelle Huppert) dont la voix intérieure fantasme sur les occupants de la fenêtre d’en face. La fiction démarre en trombe, le désir d’une femme pour un autre homme, le triangle amoureux inquiétant, la folie qui guette… Du cinéma au carré mené par un trio Virginie Efira / Pierre Niney / Vincent Cassel idéal. Mais tout ça n’est qu’une histoire… Tandis que le jeune homme taiseux débarque par un coup du hasard dans la vie de cette écrivaine qui doit déménager, l’histoire change de main, la réalité s’invite et tout se mélange devant un spectateur perdu certes, mais heureux. Heureux parce qu’il y a une jubilation à voir un cinéaste, d’ordinaire si premier degré lorsqu’il s’agit de jouer avec les codes de son cinéma, disséquer l’art de raconter tout en racontant ; perdu car HISTOIRES PARALLÈLES est un vertige où tout semble n’être que le reflet d’autres choses, un jeu déroutant où la fiction dit peut-être ce que la réalité ne sait pas encore. Un film qui demande au spectateur de le regarder comme une fiction lui aussi, une construction, un jeu de l’esprit… D’habitude, le cinéma d’Asghar Farhadi tient fermement le romanesque d’une main pour mieux décrypter la société iranienne de l’autre. Là, le cinéaste semble déterritorialiser son regard pour réfléchir sur notre façon très européenne de nous raconter des histoires, de piocher ainsi dans le réel et d’y broder des mensonges… Pas loin d’être ironique parfois dans sa façon de manier la persona de son casting « allstar » et les drôles de clichés qui vont avec, le film trouve une ligne joueuse et mystérieuse, dans les pas de Krzysztof Kieślowski, Alfred Hitchcock et David Lynch. Et ce, jusqu’à une fin énigmatique qui vient rouvrir la boîte de Pandore. Toute réalité est une fiction, toute fiction est une réalité, nous disent ces HISTOIRES PARALLÈLES. L’air de rien, comme une récréation, cet opus étonnant dans la filmographie grave de son cinéaste devient, avec ces va-et-vient vertigineux entre le quotidien et le romanesque, une note d’intention de son œuvre. Méfions-nous des histoires, elles pourraient bien avoir plein de choses à nous dire. Surtout celles qu’on ne veut pas entendre.
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De : Asghar Farhadi
Avec : Virginie Efira, Pierre Niney, Vincent Cassel, Isabelle Huppert
Pays : France
Durée : 2h19

