THE DRAMA

31/03/2026 - Par Renan Cros
Après SICK OF MYSELF et DREAM SCENARIO, Kristoffer Borgli continue de décaper l’époque et son hypocrisie, avec une romcom méchante à souhait. Du cinéma qui grince fort, mené à la perfection par Zendaya et Robert Pattinson.

C’est un film qui a l’air trop beau pour être honnête. Ça tombe bien, il est mal élevé. Retors, tordu, aimable pour mieux pour nous mettre une petite claque derrière la nuque. Un film sur la morale et surtout ce qu’on en fait, sur le regard des autres et l’hypocrisie d’une époque. Tout ça emballé dans un écrin chic, un ton hyper séduisant et deux stars au sommet. Comme si la raideur des premiers Haneke, le goût du malaise des premiers Lanthimos s’étaient fondus dans le cool A24 sans en perdre son acidité. Un paradoxe en somme dont THE DRAMA sait tirer le meilleur. Dans la lignée du récent (et excellent) MATERIALISTS, le film trace une ligne claire : déconstruire la romcom en y instillant une lucidité froide, presque une forme d’ironie, pour nous obliger à regarder en nous tout ce qu’on cache. Quand elle et lui se rencontrent au début du film, déjà quelque chose devrait nous alerter. Filmant les tropes du « meet cute », elle dans un café, lui qui a le coup de foudre maladroit, la mise en scène de Borgli vient gratter, faire grincer cette mécanique bien huilée de la drague. Prétendant avoir lu le livre qu’Emma lit, Charlie entame la conversation. Mignon, non ? Oui, si l’on admet alors que chaque couple est un malentendu, un mensonge complice, nous dit Borgli. Et le cinéaste de mettre alors en place les pions pour sa démonstration.

Connaît-on vraiment la personne que l’on aime ? Ce genre de questions donne à l’origine des polars. Borgli, lui, le traite ici par la comédie en poussant l’interrogation plus loin. L’amour et la vérité sont-ils vraiment compatibles ? Aime-t-on l’autre pour qui il est ou qui on voudrait qu’il soit ? À partir d’une révélation lors d’une soirée entre amis où chacun joue à énoncer ce qu’il a fait dans la vie dont il est le moins fier, THE DRAMA ouvre une boîte de Pandore entre Charlie et Emma qui ne pourra pas se refermer. Cette révélation, tragique et drôle, n’est pas tellement le sujet du film. C’est, comme toujours avec Borgli, le regard des autres, la façon dont il amplifie, écrase, protège ou expose, qui l’intéresse. Parce qu’Emma s’est sentie en confiance, que le couple lui a donné l’illusion qu’elle pouvait tout dire, qu’elle a osé tomber le masque. Mais soudain dans le regard paniqué de son futur mari, dans la colère de son amie, la violence débarque. Qui est le monstre ici ? Celui qui s’expose ou celui qui juge ? Tout est une question de mise en scène de soi, répond Borgli.

Tricotant cette spirale infernale avec la raideur de ses cadres fixes, Borgli observe Charlie et Emma s’épuiser à tenter de sauver les apparences en jouant le bonheur et l’harmonie du couple qu’on attend d’eux. Mais tout grince, plus rien ne s’emboîte et le film de nous rendre témoins impuissants de ce couple qui vacille, véritable pièce montée en train de dégringoler devant nous. Tout ça pourrait être affreusement cynique et stérile, si Borgli ne faisait pas une totale confiance à ses deux comédiens pour insuffler de la vie, de la fragilité comique à cette histoire. Plus moraliste que moralisateur, THE DRAMA tient debout grâce à l’élégance comique de son duo, cette façon hallucinée qu’a Robert Pattinson de se prendre des coups, et ce tempo comique imparable et hyper moderne de Zendaya. Ces deux-là, cabossés par un film méchant, tiennent le choc et achèvent THE DRAMA dans une mélancolie et une amertume heureuse qui restent longtemps en tête.

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Sortie : 01.04.26
De : Kristoffer Borgli
Avec : Zendaya, Robert Pattinson, Alana Haim, Mamoudou Athie
Pays : États-Unis
Durée : 1h46
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