REIMS POLAR : 2 questions à Kiyoshi Kurosawa

04/04/2025 - Par Aurélien Allin
À l’occasion de l’hommage que rend le festival Reims Polar au cinéaste japonais, court aperçu d’un plus long entretien à paraître dans lequel il nous parle de ses débuts dans le pinku eiga.

Pour rendre hommage à Kiyoshi Kurosawa, le festival Reims Polar a choisi de projeter sa série SHOKUZAI ainsi que ses films LES AMANTS SACRIFIÉS, CREEPY, KAIRO, CURE et, enfin, CLOUD, en avant-première de sa sortie dans les salles françaises prévue pour le 4 juin. Un programme qui, de la fresque d’espionnage historique à la fable horrifique ou au serial killer movie, ne reste jamais bloqué stricto sensu sur le film policier ou le thriller, mais qui fait la part belle à des projets qui en empruntent certains codes pour balayer au final une multitude de genres, les triturer et les mixer.

Un choix particulièrement pertinent, donc, car depuis le début de sa carrière, Kiyoshi Kurosawa, comme l’un de ses modèles Richard Fleischer, n’a eu de cesse de bondir de genre en genre. Fantastique, horreur, drame naturaliste, invasion alien, fable écolo, film de fantômes, revenge movie, yakuza eiga… : en 40 ans, Kurosawa a presque tout fait. Y compris du pinku eiga (film érotique) à l’amorce de sa carrière au début des années 1980 avec deux films : KANDAGAWA PERVERT WARS (1983) et THE EXCITEMENT OF THE DO-RE-MI-FA GIRL (1985) – aussi connu sous le titre BUMPKIN SOUP.

Dans le premier, en un geste très hitchcockien, une jeune fille espionne ses voisins avec son télescope et découvre une terrible vérité. Dans le second, une fille de la campagne part à la ville pour retrouver le garçon qu’elle aime et, sur un campus, découvre des profs et des étudiants légèrement débauchés. Deux films qui, déjà, imposent la singularité de Kiyoshi Kurosawa. Il y fait preuve d’une liberté absolue, de ton et de mise en scène, allant jusqu’à injecter à THE DO-RE-MI-FA GIRL des moments de comédie musicale !

Ce sont justement de ses débuts dans le pinku dont il nous parle ci-dessous ; un court extrait d’un bien plus long entretien à paraître dans le prochain numéro de Cinemateaser.

Comment en êtes-vous arrivé à réaliser deux pinku eiga au début des années 1980 ?
Kiyoshi Kurosawa : Quand j’étais étudiant, je faisais des films en 8mm autoproduits. Ils étaient très artisanaux. J’avais évidemment envie de réaliser des films qui pourraient être distribués dans le circuit commercial traditionnel mais ce n’était vraiment pas simple d’y arriver… J’essayais de trouver des solutions pour y parvenir et un jour, je rencontre un réalisateur de pinku eiga, Banmei Takahashi (légende du pinku, connu également pour le home invasion DOOR, ndlr). Lors d’une discussion, il me dit : ‘Si tes projets sont des pinku, tu pourras les concrétiser immédiatement. Il faut que ça te convienne mais je pense que tu pourras ainsi démarrer ta carrière sans autre expérience préalable.’ Évidemment, j’ai immédiatement accepté car l’important pour moi était de faire des films, quels qu’ils soient. C’est comme ça que sont nés KANDAGAWA PERVERT WARS et THE EXCITEMENT OF THE DO-RE-MI-FA GIRL.

THE EXCITEMENT OF THE DO-RE-MI-FA GIRL est un film très libre dans la forme, qui flirte avec l’expérimental, et qui rappelle par moments le travail de Jean-Luc Godard. Cette audace était-elle un moyen de vous rebeller contre le genre du pinku en lui-même ?
Non, je ne crois pas qu’il y avait une volonté de rébellion de ma part. C’est surtout que je me suis senti libre de faire ce que je voulais parce que je travaillais avec une équipe que je connaissais déjà très bien. Sur KANDAGAWA PERVERT WARS j’avais à mes côtés tous les camarades avec lesquels j’avais réalisé mes films en 8mm à la fac. On se connaissait très bien, on s’amusait beaucoup. Et donc on a fait ce premier film ensemble – il se trouve que KANDAGAWA PERVERT WARS est sorti sur les écrans, au Japon ! Alors à l’époque, je me suis dit : ‘Ça veut dire qu’on peut faire ce qu’on aime faire, comme on sait le faire, et ça peut fonctionner…’ Ça nous a mené à faire THE EXCITEMENT OF THE DO-RE-MI-FA GIRL ensuite, avec le même état d’esprit. Quand j’étais à la fac, j’aimais beaucoup les films de genre américains – c’est vraiment un cinéma qui m’a beaucoup influencé. Le problème c’est que, faire des films au Japon qui auraient ressemblé à des films de genre américains, c’était presque mission impossible dans les années 1980. Et puis je pense que ça n’aurait pas eu grand intérêt, au final. Vous parliez de rébellion et… je n’irais pas jusque-là mais en tout cas, il y avait une volonté de me démarquer un peu quand même, tout en explorant quelque chose qui serait spécifique au Japon. Je pense que Jean-Luc Godard, que vous évoquiez, faisait presque ça, lui aussi. Il faisait presque des pastiches de films de genre américains, parfois. On avait vu ses films à la fac et cette influence se ressent dans THE EXCITEMENT OF THE DO-RE-MI-FA GIRL, c’est vrai. Je dirais également qu’au fondement de la liberté de ce film, il y avait aussi notre envie de faire ce qu’on aimait, avec les moyens dont on disposait.

La suite à lire dans le prochain numéro de Cinemateaser, en kiosque en mai.

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