THE UGLY

28/07/2026 - Par Emmanuelle Spadacenta
Après une série de blockbusters (DERNIER TRAIN POUR BUSAN, PENINSULA, JUNG_E...), Yeon Sang-ho trousse un bon film à mystère, sur notamment la condition de la femme dans un monde dominé par les hommes.

THE UGLY, c’est-à-dire « La Moche ». C’est en ces termes que ceux qui l’ont connue se souviennent de Jung Young-hee, disparue il y a quarante ans. On vient de retrouver son squelette dans la montagne. Pour son fils et son mari, c’est la fin d’un très long mystère. De ce que la police a déduit, elle s’est faite assassiner, peu de temps après que sa famille a déclaré sa disparition. Im Dong-hwan était alors bébé. Son père, aveugle de naissance, n’a jamais gardé de photos de son épouse. Les autres la trouvaient trop moche pour conserver des souvenirs. La curiosité de Dong-hwan, qui ne connaît donc pas le visage de sa maman, s’en trouve piquée. Aidé d’une encombrante journaliste qui flaire l’affaire qui pue mais dont le manque d’éthique peut accélérer l’enquête, il va reconstituer le destin tragique de sa mère et chercher à comprendre comment une femme peut ne laisser qu’une trace aussi insignifiante dans le souvenir des gens. Bien sûr, elle n’était pas méchante ; mais elle était sale et son physique ingrat n’attirait que moqueries. On découvre au fil de récits souvent cruels une ouvrière qui, malgré son statut de paria, a su se dresser contre l’injustice quand il fallait. Le film fait aussi le portrait d’une Corée des années 80 en plein boom économique, florissant sur le dos des travailleurs et notamment les femmes, peuplée d’hommes graveleux et malveillants. Le patron de la manufacture, lui, était un gentil. Mais si le film alerte sur une chose, c’est que c’est souvent derrière la bonté que se cache la vraie laideur. Ainsi, THE UGLY prend des airs de petite fable cinglante, brutale, lapidaire. Son efficacité narrative (provenant peut-être du format bande dessinée dont il est tiré) est le reflet de l’intelligence de sa production. Dans ce petit film à moins de 150000$ de budget, rien ne trahit un quelconque manque de moyens. La partie flashback, récit d’époque, est portée par une reconstitution franchement bluffante, la mise en scène sobre concorde avec l’étude psychologique de personnages et les nombreux face-à-face qui rythment le film. Et si Park Jeon-min, star coréenne qui a renoncé à son cachet habituel ici pour privilégier un intéressement, joue deux rôles – celui de Im Dong-hwan et celui de son père, jeune –, c’est simplement pour symboliser la peur de quelque chose d’atavique dans ce pays. Yeon Sang-ho retrouve la pertinence du réalisateur d’animations indépendantes qu’il était avant de connaître les ors du blockbuster (DERNIER TRAIN POUR BUSAN, JUNG_E…). Drame intimiste poignant, THE UGLY dénonce aussi cette Corée patriarcale, insensible, critique et qui – et c’est un peu partout pareil – privilégie les gens qu’elle estime valides et beaux. Implacable.

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Sortie : 29.07.26
De : Yeon Sang-ho
Avec : Park Jeong-min, Kwon Hae-hyo, Shin Hyeon-bin, Nam Ji-hyeon
Pays : Corée du sud
Durée : 1h42
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