PRIMETIME

22/09/2026 - Par Renan Cros
Portrait saturé d’un présentateur qui transforme la justice en spectacle, PRIMETIME creuse le goût du sordide de l’Amérique de Bush... et ne trouve rien. Un feu, étrange, qui s’éteint tout seul.

Quand le cinéma regarde la télévision, c’est rarement pour en dire du bien. OBJECTIF VÉRITÉ, NETWORK, NIGHT CALL ou encore RUNNING MAN, autant de films qui nous ont prévenus des dangers de l’image, du goût du direct, du spectacle à tout prix. Et qui nous mettaient le doigt dans l’œil pour nous punir de notre voyeurisme. PRIMETIME ne déroge pas à la règle, mais arrive couronné du label « D’après une histoire vraie » qui donne à ce portrait de Chris Hansen, présentateur torve, un goût de sensationnel et de frisson. Problème, ici chez nous, son histoire, son programme « How to Catch a Predator » où il traque en ligne et piège des pédocriminels, et les conséquences de la course à l’audience, on ne les connaît pas. Et le film n’a pas l’air de se soucier vraiment de nous les raconter, comme si PRIMETIME utilisait les faits comme un décor, sans jamais prendre le temps d’interroger, de questionner cette émission, son succès, pour se concentrer de manière très théâtrale sur les nuages noirs de son présentateur, de sa productrice et d’un jeune acteur engagé pour l’émission. On prend alors de plein fouet le sordide du programme, son sensationnalisme, son succès sans que jamais rien ne soit interrogé par la mise en scène. Dans un maniérisme de l’hyper-esthétique du début des années 2000 (couleurs saturées, images qui bavent, sur-montage, gros plans), le réalisateur Lance Oppenheim filme avec jubilation la performance carnassière de Robert Pattinson. Tout en regard vide et sourire ultra bright, l’acteur donne ce qu’il sait très bien faire. On s’accroche à lui, à l’apathie fébrile de sa productrice jouée par Merritt Wever, à l’étrangeté de ce comédien obligé de jouer les appâts à pédophiles, en attendant que quelque chose se déploie ou même décante. Mais hormis le sordide, RAS. Les séquences s’enchaînent, comme si le film ne parvenait jamais à aller au-delà de ce qu’il nous montre platement à l’écran. La mécanique d’une émission rodée, le pathétique crapoteux de ces hommes exposés et l’hubris de l’image toute puissante. Par petites touches, le film semble vouloir interroger la notion de justice aux États-Unis, sa fabrique des monstres, l’obsession de la pureté… Mais tout reste à la surface d’un film qui hurle pour ne rien dire. À tel point que son climax, point dramatique essentiel, est comme dévitalisé par un manque d’enjeu, de contexte et de conséquences. Obsédé par son personnage, le film fait fausse route. Chris Hansen n’a pas l’étoffe d’un héros de cinéma, il n’est qu’un symptôme, un énième ersatz d’une Amérique-spectacle, là bien avant lui.

Partagez cette chronique sur :
Sortie : 23.09.26
De : Lance Oppenheim
Avec : Robert Pattinson, Merritt Wever, Skyler Gisondo, Anna Faris
Pays : États-Unis
Durée : 1h47
Partagez cette chronique sur :

Découvrez nos abonnements

En formule 1 an ou en formule 6 mois, recevez Cinemateaser chez vous !