Cannes 2026 : JE VOIS DES IMMEUBLES TOMBER COMME LA FOUDRE

20/05/2026 - Par Aurélien Allin
Cinq amis des quartiers populaires de Birmingham examinent leurs présents, passés et futurs à l’aune de leur trentaine. Aussi splendide que son titre.

Comment retranscrire en quelques centaines de mots la sensation qu’un film vient de trouver sa place bien à lui dans votre musée personnel ? Juste grâce à ces émotions diffuses qu’il transmet avec peu, à ses choix marqués qu’on ne saurait tout à fait expliquer mais dont on capte instantanément, sans y réfléchir, le poids émotionnel. Cinéaste britannique qui n’aime rien tant que de s’immerger dans les lieux et les communautés où elle filme, Clio Barnard atteint peut-être ici l’apogée de son travail : elle, née au milieu des années 1960, portraiture des trentenaires d’aujourd’hui comme si elle était des leurs. Peut-être parce que, au fil des décennies, rien n’a vraiment changé. Patrick, Rian, Oli, Conor et Shiv ont grandi ensemble dans les quartiers populaires de Birmingham, dans ces logements sociaux qu’à la fin du thatchérisme on a fait tomber, spectacle pyrotechnique de béton censé donner l’espoir de nouveaux habitats flambant neuf – restés lettre morte, évidemment. Tous avaient des rêves, des envies, notamment celle de partir. Certains ont réussi : Rian a beaucoup d’argent et vit à Londres. D’autres ont trouvé mieux – Shiv et Patrick s’aiment et ont fondé une famille – ou ne savent pas où ils en sont – Conor l’entrepreneur et Oli, le plus beau personnage de tous, rêveur au sourire solaire. Arrivé à 30 ans, que fait-on de l’amitié, du groupe, de ces rêves perdus, de cette réalité qui nous rattrape, des mensonges et trahisons passés, des blessures d’aujourd’hui qui commencent à nous hanter ? Bien qu’elle adapte un roman éponyme de Keiran Goddard, Clio Barnard ne se fige jamais dans un exercice de transposition littéraire – pas de voix-off ; un refus de la structure en cinq monologues du livre ; de The Streets à Bicep, la musique a un rôle narratif essentiel. Sorte de « SKINS : que sont-ils devenus ? » ou de cousin socio réaliste de TRAINSPOTTING, JE VOIS DES IMMEUBLES TOMBER COMME LA FOUDRE est vivant, en perpétuel mouvement, et d’une pertinence totale dans ce qu’il raconte des classes populaires, de l’importance de vrais régimes sociaux et culturels, du déterminisme, de ce que la politique – ce gros mot – fait de nos vies, ce qu’elle nous dicte dans un système capitaliste ultra libéral. Sans prêchi prêcha, mais avec pudeur, poésie et pas mal de rage aussi, juste en se calant au milieu de Birmingham, en sondant les regards de ses magnifiques interprètes – chacun a droit à un regard caméra terrassant –, Barnard atteint une vérité inexplicable, universelle, intemporelle, où peines et joies cohabitent, où vie et mort se répondent, où la mélancolie est la gueule de bois de l’espoir, et réciproquement. Où les immeubles tombent mais les individus tiennent debout.

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Sortie : Prochainement
De : Clio Barnard
Avec : Anthony Boyle, Joe Cole, Lola Petticrew, Jay Lycurgo, Daryl McCormack
Pays : Grande-Bretagne
Durée : 1h49
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