Cannes 2024 : SISTER MIDNIGHT

20/05/2024 - Par Perrine Quennesson
Trip fantastique et comédie noire au cœur de Bombay, SISTER MIDNIGHT tacle avec fun l’institution du mariage et la société patriarcale indienne.

Toute fraîchement mariée, Uma quitte son patelin du fin fond de l’Inde pour s’installer à Bombay avec son nouvel époux, dans un clapier qui sert d’appartement. Tout est maladroit, étrange, malaisant. Homme ennuyeux, mou et bien trop imbibé, Gopal n’est pas franchement le mari idéal et la jeune femme, qui, elle-même, n’a rien d’une fée du logis, a comme la sensation de s’être bien faite avoir au loto des mariages arrangés. Très vite, le comportement de cette dernière devient de plus en plus étrange, se laissant aller à des pulsions, disons, sanglantes. Si on dit un peu péjorativement de certaines femmes qu’elles sont bonnes à marier : pas de doute, ce n’est clairement pas le cas de Uma. Il suffit de la voir, assise sur le pas de la porte de sa nouvelle maison, les yeux dans le vide, immobile, stoïque, semblant se demander clairement ce qu’elle fait là, pour le comprendre. Et c’est très drôle. Loin des stéréotypes de la femme indienne propagés par le cinéma, Uma est révoltée, au bord de la crise de nerfs, une cocote minute au bord de l’implosion. Pour l’incarner, le réalisateur Karan Kandhari, dont c’est le premier film, a choisi la comédienne Radhika Apte. Aussi appréciée par Bollywood que par le cinéma indépendant indien, l’actrice, également comédienne de théâtre, est un trésor de comédie. De son Uma, elle fait une poupée désarticulée, une sorte de Buster Keaton féminin abasourdi et agressif, et s’avère aussi juste dans le pantomime que dans les répliques tranchantes comme des rasoirs. On peut parier qu’après SISTER MIDNIGHT, son talent déjà bien établi localement, sera vite repéré par les marchés européen et américain. Un peu bordélique et trop long, le film reste une satire drolatique et véhémente de la société patriarcale indienne qui transforme les femmes en monstres. Amusant comme il arrive à Cannes en écho à THE SUBSTANCE de Coralie Fargeat, présent en compétition. Avec son fantastique gentiment gore, ses quelques séquences animées lo-fi et sa BO loufoque qui passe de la country à Motörhead, cette comédie noire est un concentré de rage féminine. 

Partagez cette chronique sur :
Screenshot
Sortie : Prochainement
Réalisateur : Karan Khandari
Avec : Radhika Apte, Ashok Pathak, Chhaya Kadam
Pays : Inde / Royaume-Uni
Durée : 1h50
Partagez cette chronique sur :

Découvrez nos abonnements

En formule 1 an ou en formule 6 mois, recevez Cinemateaser chez vous !