CLUB KID
Il y a un plaisir fou à se laisser emporter par CLUB KID. Comme un premier rendez-vous où, d’abord méfiant, on finirait soudain par baisser la garde et laisser les sentiments faire leur boulot. Personnage 2.0 tonitruant, Jordan Firstman déjoue la hype éphémère et les attentes en osant avec son premier long-métrage de metteur en scène un film désarmant d’émotion, totalement dénué de cynisme, presque un peu « fleur bleue ». Le réalisateur-acteur reprend à son compte de vieilles formules, les mélange et trouve un ton unique, le sien, dans l’hyper sincérité d’un cinéma qui n’a peur ni du conte, ni des coups, ni du beau, ni des larmes. « Party boy » des plus flamboyants, Peter crame sa vie dans les soirées. Dès la première séquence virtuose dans un taxi, où Jordan Firstman retranscrit le décalage entre les fêtards et ce chauffeur VTC via le son, CLUB KID convoque les sens du spectateur. Mais l’immersion joyeuse et tapageuse dans les nuits new-yorkaises laisse soudain place au silence lourd des lendemains de gueule de bois et de solitude. Par un tour de passe-passe scénaristique, Peter voit débarquer du jour au lendemain un gamin, son fils (formidable Reggie Absolom). Et soudain l’axe de sa vie change. Du postulat père-fils mal assorti, très connoté « comédie 1980’s », Firstman garde la joliesse, les maladresses tordantes du genre mais les infuse dans la communauté LGBTQIA+ de New York, son énergie débordante, ses blessures, ses excès et le sentiment fort de « faire famille ». Le réel cogne mais le cinéma semble prendre le relais et offrir à ce personnage l’espace pour grandir. Récit d’un homme qui apprend violemment à ne plus penser uniquement à lui, CLUB KID avance avec une grâce folle, donne le sourire et pas mal de frissons quand il le faut ; il sait, avec un mélange d’émotion brute et d’humour nécessaire, tenir ensemble la fable et le réalisme social. On s’étonne à chaque séquence de l’assurance de la mise en scène, capable aussi bien de nous faire ressentir l’exaltation d’une soirée underground que la douceur d’un cocon familial. Tout ça avec le bon équilibre entre les mots, les silences, le trop et le mesuré. Sans jamais renier ce qu’il est et a été, Peter va accepter petit à petit de vieillir. Et le film de n’être au fond que ça : le portrait jamais amer d’un homme qui comprend que la fête est finie. Mené avec une grande énergie, une réelle maîtrise du cadre et du récit, et peuplé de personnages attachants, CLUB KID s’impose comme un coup d’éclat qui a, en plus, l’élégance d’inviter tout le monde à la fête. Le cinéma indépendant américain à son meilleur, à la fois rugueux et absolument merveilleux.
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De : Jordan Firstman
Avec : Jordan Firstman, Reggie Absolom, Diego Calva, Cara Delevingne
Pays : États-Unis
Durée : 2h02

