ON L’APPELAIT ROBIN DES BOIS

30/06/2026 - Par Aurélien Allin
Comme de par hasard, après un passage par le blockbuster avec SANS UN BRUIT : JOUR 1, Michael Sarnoski dénude une légende de ses oripeaux spectaculaires dans un geste radical et touchant.

Les mythes existent pour être revisités. Si le cinéma américain du XXIe a parfois tendance à en abuser pour des redites photocopiées, ce n’est pas le cas de ON L’APPELAIT ROBIN DES BOIS. Pour raconter la légende britannique des bois de Sherwood, Michael Sarnoski prend une route quasi tarkovskienne, notamment dans sa volonté de sculpter le temps long pour une expérience souvent languide et silencieuse. Tout débute pourtant dans une effusion de sang et de feu. Robin des Bois n’a jamais été un défenseur des faibles. « Personne ne défend les faibles », dit-il dans une des premières scènes, éminemment fantasmatique et évocatrice. Le personnage, vieillissant mais pourtant incarné par un acteur dont le corps ne semble jamais péricliter, Hugh Jackman, confie au coin du feu être un « brigand assassin », les histoires à son propos « un ramassis de mensonges ». Alors tout le monde veut sa peau, les héritiers de ses très nombreuses victimes à ses trousses. Avec cette première partie, Michael Sarnoski lorgne presque du côté du concept et pourrait flirter avec l’artifice : basculer un mythe cul par-dessus tête, juste pour l’exercice de style. Pourtant, l’aura ténébreuse de Jackman, le poids écrasant de décors naturels majestueux et la mise en scène terrienne – jusque dans le choix de la pellicule – qu’en tire Sarnoski insufflent une grande conviction aux intentions du projet, quelque chose d’authentique, comme s’il réifiait pour nous le Moyen Âge sur l’écran, avec force images brutales et choquantes – un enfant, une rivière, une flèche, on n’en dira pas plus. Puis le film dérive rapidement vers tout autre chose et le signifie par un changement de ratio aux allures de méta-commentaire : du récit spectaculaire en 2.39, on passe à l’ampleur de l’intime en 1.78 puis en 1.66. Car après un combat, Robin se retrouve entre la vie et la mort, dans un prieuré, soigné par une religieuse incarnée par Jodie Comer, définitivement l’actrice la plus fascinante de notre époque, dont l’humanité paisible irradie de l’écran. Si la première partie captivait avec sa relecture radicale du mythe, la deuxième approfondit et propose une introspection du mythe sur lui-même. Le film dépasse alors de simples réflexions intellectuelles et narratives pour se focaliser sur des enjeux humains. Robin peut-il être pardonné pour ses actes ? Peut-il se pardonner lui-même ? Des questions abordées par le drame de chambre éthéré, où l’on discute de son âme et de son état. Ici, plus besoin de légendes et de leur apparat : mis à nu par la force des choses, Robin des Bois n’est plus un personnage, il devient un homme.

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Sortie : 01.07.26
De : Michael Sarnoski
Avec : Hugh Jackman, Jodie Comer, Bill Skarsgård, Murray Bartlett
Pays : États-Unis
Durée : 2h03
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