Cannes 2026 : LA VIE D’UNE FEMME
On pourrait presque rebaptiser le second long-métrage de Charline Bourgeois-Tacquet « Gabrielle en onze chapitres », tant son récit est scandé par des intertitres liminaires et tranchants qui annoncent la couleur avec une forme de teasing un peu vaine. On s’interroge d’ailleurs sur la pertinence de ce procédé : là où le dispositif servait chez Joachim Trier (dans JULIE EN 12 CHAPITRES) à explorer des phases de vie distinctes ou des registres variés, il paraît ici plus accessoire, servant de béquille à des ellipses qui n’en demandaient pas tant. Le film nous immerge dans le quotidien de Gabrielle, une brillante chirurgienne maxillo-faciale de cinquante ans dont l’existence est saturée entre un métier passionnant, un mari, des beaux-enfants et une mère dont la mémoire s’étiole. Dans cette vie sans le moindre interstice, l’irruption de Frida, une romancière en immersion dans son service, provoque un séisme tant amoureux que sensuel. Le problème majeur de LA VIE D’UNE FEMME réside dans son traitement uniforme des enjeux. Au bout du compte, on se demande bien ce que la réalisatrice cherche à raconter dans ce portrait d’une femme à la volonté farouche, mais à la liberté entravée, qui trouve dans cette escapade lesbienne le lieu de l’évasion. Pourtant, la beauté surgit lorsque la réalisatrice filme Gabrielle gérant l’urgence avec la maestria de ceux qui ne s’épanouissent que dans le sur-régime, déstabilisés par le moindre ralentissement. Ces séquences, montrant une mécanique de précision sur le point de s’enrayer, constituent sans doute les moments les plus saisissants. Mais tout glisse, rien n’accroche dans la mise en scène de Charline Bourgeois-Tacquet, à l’image de ce milieu très bourgeois qu’elle dépeint et sur lequel vient s’échouer un grand nombre de crises – de l’hôpital, de la cinquantaine, du couple, de l’identité. Ce tiraillement constant entre le portrait clair-obscur d’une femme passionnée et une nécessaire (bien que relative et un peu artificielle) connexion au réel fait parfois basculer le film vers la caricature, malgré de réels éclats de bravoure. C’est d’autant plus regrettable que l’ensemble est porté par des comédiennes de haute voltige, notamment la solaire Mélanie Thierry, et Léa Drucker, une nouvelle fois impériale, vibrante et d’une justesse absolue.
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De : Charline Bourgeois-Tacquet
Avec : Léa Drucker, Mélanie Thierry, Charles Berling, Laurent Capelluto
Pays : France
Durée : 1h38

