Cannes 2026 : UN MONDE ENTRE NOUS (WE ARE ALIENS)
Que décide-t-on de retenir de l’enfance ? C’est un peu la question que pose WE ARE ALIENS (retitré UN MONDE ENTRE NOUS pour sa prochaine sortie en salles), premier film du jeune cinéaste japonais Kohei Kadowaki. Tsubasa et Gyotaro se rencontrent sur les bancs de l’école primaire. Deux êtres un peu esseulés qui deviennent les meilleurs amis du monde. Tsubasa est taiseux et réservé, Gyotaro est plein d’énergie. Trop peut-être. Au fil des années, une faille se dessine ; Tsubasa, guidé par un désir ardent de conformisme, s’éloigne d’un Gyotaro jugé trop bruyant et immature. Ce fossé se creuse irrémédiablement jusqu’à une trahison séminale, dont les ondes de choc retentissent de l’adolescence jusqu’à l’âge adulte. L’intelligence du récit réside dans sa structure narrative qui, par un mini-effet Rashomon, confronte les deux points de vue et nous ouvre les portes de leurs intériorités respectives. Si l’on pourrait sous-titrer ce film ambitieux par « la cruauté de la jeunesse et ses répercussions », il évite avec brio l’écueil d’une psychologie simpliste qui ferait de l’enfance le terreau d’un déterminisme dont nous ne serions que les marionnettes. Sans occulter la violence, ni le traumatisme, WE ARE ALIENS affirme que notre identité se forge avant tout dans nos choix et dans notre faculté à transcender notre propre souffrance pour dépasser l’égocentrisme. Il est aussi une critique à peine voilée d’une société japonaise qui ne tolère pas tellement ce (et ceux) qui déborde. Au-delà de son récit poignant, ce premier essai éblouit par une maîtrise technique singulière. Empruntant un procédé proche de la rotoscopie, il déploie une esthétique visuelle détonante qui évoque parfois Makoto Shinkai, tout en atteignant un réalisme organique saisissant et une profondeur de champ d’une rare intensité.
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De : Kohei Kadowaki
Avec : les voix de Ryota Bando, Amane Okayama
Pays : Japon
Durée : 1h57

