Cannes 2026 : LE CORSET
Christophe penche. Il ne le fait pas exprès, c’est sa scoliose qui veut ça. Mais pour sa famille, des paysans de la Beauce de la fin des années 1980, ce n’est pas très arrangeant d’avoir un fils engoncé dans un corset en métal qui entrave ses mouvements. Et tout se complique lorsque, par accident, l’adolescent emboutit le tracteur familial. Alors les chemins se scindent, d’un côté le père et le grand frère préoccupés par l’avenir de l’exploitation, de l’autre Christophe qui tente de trouver sa place quand son atypisme fait qu’il ne correspond plus à aucune case. Après deux ASTÉRIX, Louis Clichy réalise avec LE CORSET un projet plus personnel, inspiré de son vécu, lui le gamin de la région de Chartres ayant dû lui-même s’embarrasser d’un dispositif orthopédique. Et si le film n’est pas une autobiographie, il respire constamment cette sincérité du souvenir, cette tendresse nostalgique de ceux qui savent de quoi ils parlent. À l’instar d’un VINGT DIEUX ou d’un CHIEN DE LA CASSE, LE CORSET dépeint un territoire, aussi bien qu’une manière de vivre. Dans cette Beauce aux champs s’étalant à perte de vue, il explore une adolescence rurale sans portable, celle du vélo et des arrêts de bus ravitaillés par les corbeaux, celle des premiers émois avec une fille bien plus cool que soi et où l’église est un lieu de socialisation comme un autre. Tout est tentation, tout est rébellion, tout est compliqué et si simple à la fois. Encore plus avec un corset qui est aussi bien un empêcheur de tourner en rond qu’un super-pouvoir, faisant de ce handicap une source infinie de créativité, jamais regardé avec pitié. En toile de fond, Louis Clichy retrace la mutation du monde agricole au tournant des années 1990. Il montre comment les propriétaires terriens se sont retrouvés enferrés dans une logique de rendement intensif aux conséquences désastreuses pour la paysannerie. En quittant la rondeur de la 3D numérique pour la douceur de l’aquarelle, Louis Clichy va à l’essentiel et bouleverse. Pas de chichis, pas de superflu, uniquement la justesse du trait et du ton, à l’image du père de Christophe, un homme laconique, capable de vous briser le cœur avec un simple : « Eh ben, on a eu une drôle de journée ». Une immense réussite qui résonne bien après le générique.
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De : Louis Clichy
Avec : Gary Clichy, Rod Paradot, Alexandre Astier, Brune Moulin
Pays : France
Durée : 1h29

