HAMNET

20/01/2026 - Par Renan Cros
Chloe Zhao revient en force et en grâce avec HAMNET, œuvre puissante sur l’amour, la mort et ce qui peut nous aider à surmonter la perte. Un film comme un sortilège qui laisse K.O. de beau.

Si on continue d’aller au cinéma, si malgré toutes les sollicitations du monde, on veut encore s’enfermer dans le noir avec des inconnus le temps d’une séance, c’est pour des films comme HAMNET. Parce qu’il y a là, dans les images si belles, si vivantes, si mystérieusement incandescentes de Chloe Zhao, quelque chose de sublime. Un sentiment fort, une émotion qui vous attrape et vous accompagne longtemps et ce, dès le premier plan. La nature prend toute la place, elle règne, menaçante, quand soudain au creux d’un arbre : une silhouette lovée. Une femme, comme une tache rouge, se réveille. À partir de là, on ne la quittera plus. Agnès croise la route d’un beau jeune homme, professeur de latin fauché. Ils s’observent, laissent monter l’alchimie et s’aiment soudain d’un amour fou. Pour la première fois, Chloe Zhao laisse aller son cinéma ultra naturaliste à l’embellie des sentiments, et c’est comme une évidence. Sans jamais tomber dans la facilité du réalisme magique, elle filme la rencontre de ces deux-là comme un choc érotique, un ensorcellement, une harmonie enfin trouvée. Tout ça en faisant exploser le corset du film en costumes. Toute l’Angleterre du XVIe siècle est bien là et pourtant Agnès et Will ont l’air de s’aimer aujourd’hui. Parce que Zhao fait respirer les scènes, donne aux détails toute leur importance et filme ce temps passé par le présent des corps. Tandis que l’histoire avance, que ces deux amoureux vont vers la tragédie, que les nuages noirs s’amoncellent, la mise en scène de toujours chercher la vie, l’élan, la rage de son héroïne. On ne peut qu’être emporté, sidéré par une scène d’accouchement filmée comme une bataille. Et soudain éprouver la même sidération face à une banale scène dans un jardin où les enfants jouent. Parce que la mise en scène de Chloe Zhao, précise et incarnée, filme des moments que l’on sait déjà perdus. Quand soudain, dans sa dernière partie, le récit bascule, que Will devient Shakespeare, que le deuil s’abat, cette noirceur prend la forme d’une colère, d’une errance qui emmène le film vers les abysses. Pour mieux, dans une dernière scène extraordinaire, tenir tout son propos en un geste – l’art comme une façon de dire ce que les mots taisent ; la nécessité des histoires pour ne plus être tout à fait seul. Pour incarner cette mise en scène toujours sur le fil du naturalisme et du mystique, il fallait deux acteurs surpuissants. Si Paul Mescal est parfait, c’est Jessie Buckley qui fait de chaque instant d’HAMNET un mystère et pourtant une évidence. Le film parfait n’existe pas, celui-ci a tout de même la force de ceux dont les images, les émotions nous accompagnent longtemps.

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Sortie : 21.01.26
De : Chloe Zhao
Avec : Jessie Buckley, Paul Mescal, Emily Watson, Joe Alwyn
Pays : États-Unis / Grande-Bretagne
Durée : 2h05
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