THE CHRISTOPHERS

09/06/2026 - Par Aurélien Allin
Après PRÉSENCE et THE INSIDER en 2025, le cru 2026 de Steven Soderbergh s’avère tout aussi généreux, malin et moderne. Un pur plaisir de cinéma.

Un frère et une sœur embauchent Lori (Michaela Coel), peintre sans carrière et restauratrice d’Art, pour qu’elle achève en secret la troisième série jamais dévoilée de The Christophers, tableaux mythiques créés par leur père, le légendaire Julian Sklar (Ian McKellen). Pour ça, Lori doit se faire embaucher comme assistante du Maître. Lorsqu’elle pénètre la première fois dans sa luxueuse bâtisse londonienne, elle en arpente les couloirs quasiment en temps réel, une caméra portée aérienne derrière elle suivant ses moindres mouvements, arrêts, tournants. Si bien que THE CHRISTOPHERS pourrait presque apparaître, pendant un temps, comme une continuité de PRÉSENCE. D’autant que le récit semble se dérouler, là encore, dans une maison hantée. Non pas par un fantôme, cette fois, mais par le passé de ce type abject, génie démiurgique désagréablement drôle et inversement, par son œuvre laissée en friche et tout ce qu’il a laissé en suspens dans son existence – à commencer par sa relation avec ses enfants, aussi stupides et vénaux soient-ils. Les concordances s’arrêtent pourtant là : Steven Soderbergh ne se trouve jamais deux fois à la même place. Ainsi, alors que ce manoir de centre-ville plongé pour moitié dans les ténèbres aurait pu avoir des atours de cercueil ou de mausolée et THE CHRISTOPHERS, avec son dispositif théâtral, de pensum funeste et rigide, le film est au contraire remarquablement vivant, constamment en mouvement. Car au centre-même de son récit figure le rapport de force sans cesse fluctuant et complexe entre Lori et Julian, deux fortes personnalités, deux égaux qui s’estiment mais se détestent, se rendent coup pour coup et qui, de scène en scène, dévoilent leurs forces et leurs faiblesses, leur admiration et leur rancœur. À l’image de THE INSIDER, THE CHRISTOPHERS est ainsi d’une générosité de chaque instant, un pur plaisir de cinéma qui offre à Coel et McKellen, tous deux merveilleux, de longues prises pour s’exprimer, pour moduler leur interprétation, et ainsi donner corps autant à la vacherie fanfaronne qu’aux fragilités de leurs personnages. Un duel ping-pong en forme de sommet du cool entre deux générations qui, jamais, ne sombre dans le choc des âges ou le film de vieux con. Au contraire, THE CHRISTOPHERS, en explorant le rapport de l’artiste à son œuvre, au public et à la critique, embrasse une grande modernité : le génie n’excuse jamais l’inhumanité et l’on n’est jamais plus déçu que par ceux que l’on révère. Alors comment séparer l’homme de l’artiste quand le second est, par nature, le révélateur des émotions, des peines et des joies du premier ?

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Sortie : 10.06.26
De : Steven Soderbergh
Avec : Michaela Coel, Ian McKellen, James Corden, Jessica Gunning
Pays : Royaume-Uni / États-Unis
Durée : 1h40
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