SILENT FRIEND

31/03/2026 - Par Constantin Lacombe
Et si les végétaux nous observaient, en silence, dans chacun de nos gestes ? C’est le postulat intrigant de ce film-triptyque qui adopte le point de vue... d’un arbre.

Dans SILENT FRIEND, la cinéaste hongroise Ildikó Enyedi entend faire d’un arbre, un gingko biloba planté dans le jardin d’une université allemande, le témoin bienveillant de trois destins à travers le temps : un chercheur chinois coincé sur le campus durant le confinement de 2020, une jeune femme qui en 1908 défie le sexisme et le déterminisme, et un étudiant découvrant la vie dans les années 1970. SILENT FRIEND floute les frontières entre les personnages et leurs temporalités respectives. Chacun s’accompagne d’une esthétique spécifique (numérique, 35 et 16mm) mais le montage les fait se regarder dans de surprenants champ / contre-champ à travers le temps, voire les assemble grâce au lien qui les unit à la nature environnante. À commencer par ce gingko, donc, grâce auquel Enyedi fluidifie les barrières « entre visible et invisible, observé et inobservé ». Dans des plans d’une étrangeté magnétique, elle donne à voir ou à entendre ce qui nous est généralement inaccessible, des influx nerveux dans les racines aux discrets craquements de l’écorce, stigmates d’un végétal qui réagit à ce qui l’entoure. Jamais nébuleux ni aliénant, SILENT FRIEND observe les âmes esseulées avec douceur, comme si la caméra réifiait le point de vue de cet arbre immobile et immuable, témoin de nos vies éphémères sur Terre comme autant d’histoires à raconter. Étonnant.

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Sortie : 01.04.26
De : Ildikó Enyedi
Avec : Tony Leung Chiu-Wai, Luna Wedler, Enzo Brumm, Léa Seydoux
Pays : Allemagne / Hongrie
Durée : 2h27
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