PROJET DERNIÈRE CHANCE
On a connu Phil Lord et Chris Miller sarcastiques voire franchement railleurs, post-modernes et méta. Mais l’heure est grave, tant dans le monde contemporain que dans le futur proche qu’ils mettent en scène dans PROJET DERNIÈRE CHANCE. En adaptant – très fidèlement – le roman d’Andy Weir, le duo, qui n’avait pas réalisé de film depuis une douzaine d’années, établit des ponts avec les années 2020 que l’on traverse tous ensemble, cahin-caha. Enfin… tous ensemble… et c’est justement là que PROJET DERNIÈRE CHANCE prend tout son sens. Ici, un organisme dévore peu à peu toutes les étoiles de l’univers, dont notre soleil. Toutes, sauf une : Tau Ceti. Le monde s’unit alors pour monter une mission et y envoyer des astronautes afin d’enquêter sur cette incongruité et, peut-être, sauver toute vie sur Terre. À douze années-lumière, le microbiologiste Ryland Grace se réveille, quasi amnésique. Alors qu’il recouvre peu à peu la mémoire dans un récit alternant présent et passé avec efficacité et humour, Grace, héros déjouant les codes hollywoodiens traditionnels, découvre qu’il n’est pas seul près de Tau Ceti… Ainsi, PROJET DERNIÈRE CHANCE, en suspendant comme un chef notre incrédulité, organise l’amitié coup de foudre, indéfectible, entre un humain (Ryan Gosling dans le rôle de sa vie, tant dramatique que burlesque) et un extra-terrestre, Rocky, marionnette animée sur le plateau puis améliorée en CGI. Buddy movie dans l’espace, SF, comédie, tragédie : Lord et Miller déploient leur récit à une confluence de genres sans jamais en délaisser ou en maltraiter l’un d’eux. Ni même sans les déconstruire. Assumant avec panache leur premier degré, ils s’appuient sur leurs acteurs (sur Terre, Sandra Hüller campe avec nuances la patronne à poigne de la mission), sur la majesté des images colorées de Greig Fraser, sur la musique expérimentale, vocale et organique de Daniel Pemberton ou encore sur une poignée de chansons très pertinentes pour donner chair et profondeur à leur univers. Témoin de la réussite de l’entreprise : le film met à la poubelle la plupart des explications et des raisonnements scientifiques du roman sans que jamais le spectateur ne remette en doute la crédibilité du récit – qui se révèle d’une fluidité remarquable. Si l’on croit infailliblement à ce que font Grace et Rocky, c’est parce qu’on croit tout simplement à leur existence, à leur monde, à leurs émotions. À leur amitié. En émerge un imparable élan d’espoir, éloge de l’empathie, de l’entraide et de la science qui, le temps d’un spectacle redoutable d’ambition et de rigueur, panse un peu les plaies de notre époque.
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De : Phil Lord et Chris Miller
Avec : Ryan Gosling, Sandra Hüller, James Ortiz, Lionel Boyce
Pays : États-Unis
Durée : 2h36
