NUREMBERG
Trente-six ans après les documentaires DE NUREMBERG À NUREMBERG de Frédéric Rossif, qui ont marqué toute une génération, le cinéma s’empare à nouveau de la ville allemande qui, au cœur des années 1930, fut un lieu de rassemblement fondateur du nazisme et qui, en 1945, fut choisi symboliquement pour accueillir un procès des hauts dignitaires hitlériens encore vivants. Le plus important d’entre eux étant Hermann Göring, numéro deux du régime. Très documenté – le film s’inspire d’un livre enquête de Jack El-Hai –, NUREMBERG met en scène le psychiatre Douglas Kelley, chargé par l’armée américaine d’étudier les nazis emprisonnés par les Alliés, en vue du procès à venir. Un médecin qui déterminera que ces criminels de guerre n’étaient en rien des monstres mais des humains lambda, alertant ainsi sur le risque potentiel d’un retour de l’horreur. Pour conter cette histoire, autant la petite que la grande, James Vanderbilt (scénariste de ZODIAC), dont il s’agit seulement de la deuxième réalisation, choisit l’angle assez attendu de la grande fresque hollywoodienne : belle image léchée, reconstitution ample et casting de stars – Rami Malek en Kelley, Russell Crowe en Göring, Michael Shannon dans le rôle du procureur américain à l’initiative du procès, Robert H. Jackson, Leo Woodall en soldat germano-américain. Un peu engoncé dans cette forme si ce n’est académique, au moins classique, Vanderbilt se fait élève très appliqué. Ce qui, avec un tel sujet, n’est pas forcément un mal. Son script, construit avec rigueur, expose ainsi nombre d’idées vitales, certaines très pertinentes pour notre époque – comprendre le Mal pour éviter son retour ; la peur qu’un procès serve davantage à diffuser les idées nazies qu’à les condamner ; les mécanismes du populisme comme accélérateur de cohésion nationale ; la nécessité de rendre justice au peuple juif et à toutes les victimes des camps d’extermination ; le rappel que « tout commence toujours avec des lois ». NUREMBERG a même son lot de scènes marquantes, à l’instar de cette séquence où Robert Jackson met le Pape Pie XII face aux contradictions délétères de l’Église catholique. Mais un film sur un tel sujet peut-il se contenter de n’être « que » ça, qu’un produit hollywoodien soigné et sage ? Non, surtout que NUREMBERG fait aussi preuve de maladresses très gênantes. Ainsi, la relation trouble qu’entretient Kelley avec la famille de Göring est traitée avec un romanesque extrêmement dérangeant, en cela peu aidé par un Rami Malek en roue libre, jamais à la hauteur de la tâche, très loin de l’interprétation d’ogre de Crowe ou celles, humaines, nobles et concernées, de Woodall et Shannon.
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De : James Vanderbilt
Avec : Russell Crowe, Rami Malek, Michael Shannon, Leo Woodall
Pays : États-Unis
Durée : 2h28
