MARTY SUPREME
New York, 1952. Petit vendeur de chaussures, Marty Mauser n’a qu’un but : régner sur le monde du ping-pong – sport qui, il en est sûr, va bientôt percer en Amérique. Il part à Londres pour un championnat du monde, où il compte bien prouver sa valeur. Le SMASHING MACHINE de son frère Benny s’imaginait singulier mais calait son pas sur les modèles du biopic et du film de sport. Josh Safdie fait davantage preuve de personnalité avec MARTY SUPREME qui, en inventant son protagoniste, confectionne un faux biopic et, par bien des aspects, un faux film de sport. C’est pourtant lorsqu’il en est un vrai, de film de sport, que MARTY SUPREME impressionne le plus. Sans doute parce que Marty Mauser, avec ses cicatrices d’acné, sa peau grasse, sa personnalité arrogante et agressive, ses répliques incendiaires et son délire de flamboyance, s’inscrit plus dans la lignée de Clubber Lang que dans celle de Rocky Balboa. Ainsi, durant ses trois premiers quarts d’heure, porté par la prestation vénère et malaisante de Timothée Chalamet, la mise en scène maligne de Safdie (à commencer par son casting de « gueules »), son écriture casse-cou (un flashback sur le passé d’un ami de Marty à Auschwitz) et la photographie à tomber de Darius Khondji (caméra joliment mobile, travail remarquable sur le flou et la mise au point, pénombre et lumières en douche sur les tables de ping-pong, beau grain de la pellicule…), MARTY SUPREME détonne, euphorise et brûle l’écran par ses quatre coins. Tout ça pour finalement très vite rentrer dans les clous et refaire ce que les Safdie avaient déjà plus ou moins fait, en mieux, dans GOOD TIME et UNCUT GEMS. Le film mue en effet en spirale infernale de galères et de mauvaises décisions, une accumulation digressive de péripéties hystériques inégalement intéressantes, certaines franchement lourdingues. « J’ai un but et c’est pas une chance ; c’est une tuile, ça exige des sacrifices » dit Marty, justifiant d’enfoncer ceux en travers de son chemin à coup de trahisons et de mensonges. Sorte d’INSIDE LLEWYN DAVIS cra-cra ou de THE MASTERMIND preum-deug, MARTY SUPREME souffre de son manque de recul sur son anti-héros – quand les Coen et Kelly Reichardt savent que l’ironie n’empêche ni l’attachement ni la tendresse. Maladroit dans son point de vue amoral sur la jeunesse qui n’a pas à s’excuser de son énergie et de ses rêves – pour ça, mieux vaut revoir TRAINSPOTTING – , peu convaincant dans sa critique tiède du capitalisme, MARTY SUPREME finit par être à l’image de son personnage : écrasant, en force, épuisant. Et à mille lieues de sa morale finale, qu’il prêche sans avoir l’air d’y croire.
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De : Josh Safdie
Avec : Timothée Chalamet, Odessa A’Zion, Gwyneth Paltrow, Kevin O’Leary
Pays : États-Unis
Durée : 2h29
