LE DERNIER VRAI SAMOURAÏ
Sur le papier, LE DERNIER VRAI SAMOURAÏ avait tout pour être une gaudriole un peu idiote, comme une version nippone des VISITEURS. Shinzaemon Kosaka est samouraï à l’ère Edo. Un soir, lors d’une mission qu’il doit absolument mener à bien, il affronte un ennemi redoutable. Un orage va tout changer : après que la foudre a frappé le sol, il se réveille dans les années 2000, au milieu d’un studio de cinéma où se tourne une série de samouraïs. Grâce à son apparence et ses manières surannées, il devient un figurant puis un acteur coté du genre… Si LE DERNIER VRAI SAMOURAÏ échappe à la facilité, c’est tout d’abord parce qu’il connaît parfaitement les codes du jidaigeki (récit d’époque). Sa première séquence propulse immédiatement le spectateur dans tout ce qu’il imagine, de manière fantasmatique, voire clichée, d’un film de samouraïs – une forêt la nuit, un duel au sabre virtuose, des personnages nobles et dignes. Mais lorsque survient le voyage dans le temps et l’incontournable choc des époques, LE DERNIER VRAI SAMOURAÏ réussit à danser avec brio sur une ligne délicate : le premier contact de Shinzaemon avec le futur et l’équipe de tournage est mis en scène avec minutie, jouant autant le décalage humoristique que la transmission des émotions troublées de son personnage. Et il en faut, du talent et de la rigueur, pour ne pas faire de Shinzaemon un simple pantin un peu balourd de comédie burlesque mais un protagoniste crédible, avec un cœur et un cerveau, qui, confronté à une situation extraordinaire, agit comme un être humain. Ce respect dans l’écriture, la mise en scène et l’interprétation (Makiya Yamaguchi est excellent) assure au DERNIER VRAI SAMOURAÏ une substance dès son premier acte et lui permet ensuite de muter pour proposer une expérience bien plus profonde qu’attendue. Très rapidement, le récit a l’élégance de faire comprendre à Shinzaemon ce saut dans le temps, qu’il accepte, suspendant comme le spectateur son incrédulité. Quel autre choix, alors, que de faire avec ? Et LE DERNIER VRAI SAMOURAÏ de s’éloigner ainsi de la comédie pour se faire étude post-moderne du jidaigeki, chronique de l’évolution d’un Japon « désormais prospère » et ode à la puissance des émotions du cinéma. Et tant pis si le film trébuche sur sa voix off sur-informative ou sa musique sans ampleur. Car un rebondissement délicieusement surprenant de mi-récit le mène vers un propos toujours plus fin, juste et touchant sur la nécessité de pardonner, le besoin de confronter le passé et ses douleurs pour avancer. Pour « enfin, vivre pleinement », à l’échelle individuelle comme sociétale. Une réussite éclatante.
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De : Junichi Yasuda
Avec : Makiya Yamaguchi, Norimasa Fuke, Yuno Sakura, Rantaro Mine
Pays : Japon
Durée : 2h11

